Inspections de pièces automobiles en Chine AQF

(Monde) Aluminium : l’usine symbole de Dunkerque passe sous contrôle anglo-indien | Le repreneur, le milliardaire Sanjeev Gupta, veut ajouter une unité de pièces automobiles sur le site lancé en 1991 par Pechiney. Un projet de 2 milliards d’euros.

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40 Jobs in qc Hiring Now!

Company Name Title City
LAMBERT RESSOURCES HUMAINES LAMBERT RESSOURCES HUMAINES: Acheteur Senior Acton Vale
National Bank National Bank: Customer Service Representative Acton Vale
Banque Nationale Banque Nationale: Représentant Service À La Clientèle Acton Vale
Esca Santé Esca Santé: Préposé(E) Aux Bénéficiaires Adamsville
Bercomac Bercomac: Homme/Femme À Tout Faire Apprenti (JournalieEre) Adstock
Regis Regis: Cosmetologist Alexander
Regis Regis: Barber Alexander
Regis Regis: Hair Stylist Alexander
Canadian Tire - Alma Canadian Tire - Alma: Commis Pièces Automobile Alma
Coop IGA extra des Consommateurs d'Alma Coop IGA extra des Consommateurs d'Alma: Commis Poissonnerie Alma
Chaîne de travail adapté CTA inc. Chaîne de travail adapté CTA inc.: Préposé (E) À L'Entretien (Remplaçant Régulier-Alma) Alma
Canadian Tire - Alma Canadian Tire - Alma: Caissiers(Ères) Alma
Dollarama dollarama: Assistant-Gérant De Magasin Alma
Bell Canada Bell Canada: Représentant Aux Ventes Alma
Prémoulé inc. Prémoulé inc.: Préposé Au Service À La Clientèle Bilingue Alma
Bizou International inc. Bizou International inc.: Conseillère À La Vente Alma
Dollarama dollarama: Store Associate - Student Amherst
SondagesEmploiQuébec SondagesEmploiQuébec: Études De Marché / Emploi À Domicile Amos
M & M Nord Ouest inc. M & M Nord Ouest inc.: Commis D'Entrepôt Amos
IGA extra Coop Amos IGA extra Coop Amos: Commis Boulangerie Amos
IGA extra Coop Amos IGA extra Coop Amos: Gérant De Service Amos
Prime Management Group Inc Prime Management Group Inc: Corporate Account Manager - Mining (Quebec) Amos
RONA Bois Turcotte ltée RONA Bois Turcotte ltée: Marchandiseur - Commerce De Détail Amos
We Check We Check: Client Mystère - Amos Qc Amos
IGA extra Coop Amos IGA extra Coop Amos: Commis Charcuterie Et Fromages Amos
RONA Bois Turcotte ltée RONA Bois Turcotte ltée: Commis Réception De Marchandise Amos
Groupe KTG Groupe KTG: Mécanicien Industriel - Chantier Amos
Meubles Branchaud Meubles Branchaud: Aide-Livreur Amos
Home Hardware Amos Val-d’or Home Hardware Amos Val-d’or: Commis D'Entrepôt - Commerce De Détail Amos
Orizon Mobile Orizon Mobile: Technicien - Installateur Télécommunication - Amos Amos
Orizon Mobile Orizon Mobile: Dispatcher Amos
RONA Bois Turcotte ltée RONA Bois Turcotte ltée: Conseiller Aux Ventes Amos
Maxi Maxi: Commis Viande Amos
L. J. L. Mécanique Électrique inc. L. J. L. Mécanique Électrique inc.: Mécanicien D'Équipements Miniers Amos
Commission scolaire des Monts-et-Marées Commission scolaire des Monts-et-Marées: Conseillère Ou Conseiller Pédagogique Amqui
GAGNON - La Grande Quincaillerie GAGNON - La Grande Quincaillerie: Commis Livreur Amqui
GAGNON - La Grande Quincaillerie GAGNON - La Grande Quincaillerie: Conseiller Aux Ventes Amqui
Commission scolaire des Monts-et-Marées Commission scolaire des Monts-et-Marées: Ergothérapeute Amqui
Bauval inc. Bauval inc.: DoseuOpérateur D'Usine D'Asphalte Ange-Gardien
Bauval inc. Bauval inc.: Mécanicien Industriel Ange-Gardien
Hey guys, here are some recent job openings in QC. Feel free to comment here or send me a private message if you have any questions, I'm at the community's disposal! If you encounter any problems with any of these job openings please let me know that I will modify the table accordingly. Thanks!
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Voitures électriques : des promesses utopiques ?

Les chefs politiques, qui veulent multiplier les véhicules électriques sur les routes du Québec pour lutter contre le réchauffement de la planète, ont oublié un détail important : il manque déjà de voitures vertes pour répondre à la demande. Les partis ont beau annoncer des objectifs ambitieux, ils ne pourront les réaliser si les manufacturiers n'augmentent pas substantiellement leur production, estiment les spécialistes. « Actuellement, il y a tellement plus de demandes que de disponibilité des véhicules », souligne Martin Archambault, président de l'Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ). « La loi zéro émission, entrée en vigueur en janvier dernier, n'a eu aucun impact, parce qu'elle n'a pas de dents. » Mario Giroux peut en témoigner. S'il était resté sur la liste d'attente d'un concessionnaire Nissan, il attendrait encore sa Leaf. Après quatre mois, exaspéré par les délais, il a acheté le mois dernier une voiture proposée sur un forum sur Facebook. Sa conjointe Nancy aurait aussi souhaité remplacer son auto à essence par un modèle électrique, l'eGolf de Volkswagen. « Un concessionnaire de la Rive-Nord m'a dit qu'il y avait un an et demi à deux ans d'attente pour l'obtenir », dit-elle, découragée. Les délais pour mettre la main sur une voiture verte peuvent aller de deux à trois mois pour une Nissan Leaf à plus d'un an pour une eGolf, selon les observations de Martin Archambault. Des concessionnaires Volkswagen ont même répondu à des clients intéressés par leur voiture électrique qu'ils ne prenaient pas leurs noms, parce que leur liste d'attente était déjà trop longue. « Comme les moteurs électriques sont plus fiables et exigent moins d'entretien, les concessionnaires feront moins d'argent avec le service. On a donc l'impression qu'ils démontrent peu d'intérêt pour les nouvelles technologies. » - Martin Archambault, président de l'Association des véhicules électriques du Québec Les ventes de véhicules électriques doublent annuellement, depuis quelques années, au Québec. Mais la hausse serait encore plus marquée s'il y avait plus de modèles et de voitures, selon Martin Archambault.
OBJECTIFS IRRÉALISTES ?
Actuellement, 37 600 véhicules rechargeables circulent au Québec, dont 14 500 totalement électriques. Le gouvernement libéral s'est fixé un objectif de 100 000 véhicules rechargeables d'ici 2020. Le Parti québécois promet de son côté de faire grimper à 25 % la proportion d'autos rechargeables vendues au Québec en 2025 (soit environ 125 000 par année), tandis que Québec solidaire vise 100 % d'ici 2030. Ces objectifs sont-ils réalistes ? Même si les cibles gouvernementales sont assorties de pénalités pour les constructeurs qui ne vendent pas assez d'autos électriques, elles seront difficiles à atteindre, selon Ian Sam Yue Chi, vice-président directeur général de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec (CCAQ). Pourquoi les manufacturiers ne peuvent-ils répondre à la demande ? « Le marché est en cours d'adaptation, mais il faut du temps pour planifier de nouvelles usines et s'assurer que les pièces, comme les batteries, sont disponibles. » - Sam Yue Chi, vice-président directeur général de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec Il souligne que 15 nouveaux modèles électriques ou hybrides sont proposés depuis un an au Québec, pour un total de 40 modèles. Les vendeurs sont maintenant formés sur ce type de voiture et ne demandent pas mieux que de répondre aux besoins des clients, assure-t-il. Mais la transition ne se fait pas instantanément.
PARCOURS DU COMBATTANT
Pour encourager l'achat de véhicules électriques, il faut aussi un meilleur réseau de bornes de recharge rapide, demande l'AVEQ. Sur les axes les plus achalandés, comme le corridor Québec-Montréal, il y a souvent de la congestion aux bornes, par exemple à Drummondville et à Laurier-Station, ce qui retarde les utilisateurs. Ceux qui conduisent une voiture âgée de quelques années, avec une autonomie moindre, et qui se déplacent en région éloignée doivent faire preuve de débrouillardise, d'organisation et de beaucoup de flexibilité. Les dernières vacances de David Manningham, un résidant de la Côte-Nord, au volant de sa Nissan Leaf 2015 ressemblent à un parcours du combattant : avec une autonomie de 140 kilomètres, un voyage de Sept-Îles vers la Gaspésie, puis vers Thetford Mines et Québec a nécessité une planification méticuleuse et de nombreux arrêts. Le retour, de Thetford Mines à Sept-Îles, un trajet de 745 kilomètres, prendrait un peu plus de neuf heures s'il était fait d'un seul trait. Il a nécessité 19 heures et 10 arrêts, notamment dans un motel pour une nuit, le temps d'une recharge complète. Il a dû rouler sans chauffage, alors que le mercure avait chuté, en soirée, pour économiser sa batterie et ne pas tomber en panne avant la prochaine borne. Il a même obtenu une permission spéciale pour se brancher sur le traversier Baie-Comeau-Matane. « Sauf que mes vacances m'ont coûté 20 $ d'électricité, alors que la facture d'essence aurait dépassé 200 $ pour un tel trajet », souligne-t-il, ajoutant que le confort de conduite d'une voiture électrique est inégalé. En juin dernier, le gouvernement a annoncé l'ajout de 1600 bornes de recharge rapide sur le réseau public (Circuit électrique), qui n'en compte actuellement que 125 (en plus de 1500 bornes ordinaires). L'AVEQ en demandait 2000. Hydro-Québec prévoit commencer leur installation d'ici la fin du mois.
RECHARGE AU BOULOT
Résidant d'Orford, Frédéric Desjardins va travailler en voiture électrique depuis qu'il peut se recharger dans le stationnement de son employeur, Bombardier Produits Récréatifs, à Valcourt. « Nous sommes 25 à 30 employés de la division R et D à conduire des véhicules électriques, et nous avons 12 bornes dans le stationnement. On s'est fait un horaire pour permettre à tout le monde de se charger pendant la journée », dit celui qui roule en Nissan Leaf depuis 2015. Certains automobilistes ne peuvent pas non plus brancher leur voiture à domicile, parce qu'ils se garent dans la rue ou dans un stationnement collectif (immeubles de logements ou en copropriété). Des syndicats de copropriétaires ont déjà refusé l'installation d'une borne pour un propriétaire. Maxime Séguin-Durand, qui habite le Plateau Mont-Royal, ne rechigne pas à marcher cinq minutes pour recharger son véhicule à la borne publique la plus proche. « Ce n'est peut-être pas pour tout le monde, mais pour moi, c'est un bien petit inconvénient en comparaison de tous les avantages à conduire une voiture électrique. » http://www.lapresse.ca/actualites/elections-quebec-2018/201809/29/01-5198433-voitures-electriques-des-promesses-utopiques.php? Source:utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_auto-ecolo_6552_section_POS1
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Jean-Marc Jancovici : la voiture électrique n'a de sens qu'en Suède, Norvège, Suisse, Canada & France. En Chine, Inde, USA seul le scooter électrique a un bilan carbone intéressant

Jean-Marc Jancovici dans "Sud Ouest" : "La voiture électrique n’est qu’un rêve high-tech parmi d’autres"
Jean-Marc Jancovici critique le consensus autour du développement nécessaire de la voiture électrique
à la base de son raisonnement, une idée assez simple : la voiture électrique n’est propre que si l’électricité l’est aussi. Ce qui n’est pas le cas à l’échelle planétaire et ne le sera pas avant longtemps.
En rupture avec le discours écologiste dominant, il est clairement convaincu de l’utilité du nucléaire. Et il n’est pas tendre avec la voiture électrique qui a fait l’actualité du salon automobile de Francfort jusqu’à son terme hier, 24 septembre. Avec, à la base de son raisonnement, une idée assez simple : la voiture électrique n’est propre que si l’électricité l’est aussi. Ce qui n’est pas le cas à l’échelle planétaire et ne le sera pas avant longtemps. Explications.
Sud Ouest. La voiture électrique est généralement considérée comme « verte » ou « propre ». Confond-on son impact local sur la pollution atmosphérique avec son impact climatique – ses émissions de gaz à effet de serre ?
Jean-Marc Jancovici. Bien sûr. Dans l’esprit des gens, une voiture qui n’a pas de pot d’échappement ne pollue pas. On oublie qu’il faut produire de l’électricité pour qu’elle avance, ce qui peut émettre des gaz à effet de serre ! L’opinion publique n’est pas la seule à s’égarer. La Commission européenne a fixé des obligations aux constructeurs sur les émissions moyennes des véhicules qu’ils vendent dans l’année. Dans ce cadre, une voiture électrique est considérée à zéro émission. Résultat, quand BMW met en circulation en Allemagne une voiture électrique de deux tonnes, elle est réputée ne pas émettre de CO2 alors que près de la moitié de l’électricité produite dans ce pays provient du charbon !
L’électricité peut être « bas carbone » comme en France où elle est surtout produite à partir du nucléaire et de l’hydraulique. Ou « haut carbone » comme en Chine ou en Inde où le charbon tient une place prépondérante. Selon les pays, comment évaluer si rouler en électrique est plus vertueux pour le climat que rouler en voiture thermique ?
Tout dépend du « mix » électrique du pays considéré. Le point de bascule correspond peu ou prou à la situation allemande : un mix électrique composé à 45 % de charbon environ, avec moins de 10 % de gaz naturel et le reste d’énergie décarbonée – 15 % nucléaire et 30 % renouvelables, dont 13 % d’éolien et 6 % de solaire. Le bilan est à peu près semblable aux Etats-Unis, avec un mix électrique composé à 30 % de charbon et à 35 % de gaz, même si les proportions varient beaucoup d’un Etat à l’autre. Quoi qu’il en soit, pour tous les pays qui produisent leur électricité avec plus d’énergie fossile que l’Allemagne, la voiture électrique n’est pas une bonne idée pour le climat ! Ce qui est le cas majoritaire sur la planète. Au plan mondial, l’électricité est produite pour environ 40 % avec du charbon, pour 25 % avec du gaz et pour 5 % avec des produits pétroliers, du fioul lourd le plus souvent. Malgré tout, de nombreux discours issus de la sphère politique ou du monde des affaires font comme si l’électricité était nécessairement « propre ». C’est un malentendu qui prospère… et tout le monde ne s’en plaint pas !
Il n’y aurait donc de bénéfice qu’en France ou au Brésil par exemple, où l’électricité est à 63 % d’origine hydraulique ?
L’électricité peut être produite sans émissions notables de CO2 grâce à l’hydraulique, au nucléaire, à l’éolien, à la biomasse sous conditions (s’il n’y a pas de déforestation induite) et au solaire sous conditions (si le panneau solaire est fabriqué dans un pays où l’électricité est peu carbonée et s’il n’y a pas de stockage sur batterie). Dans ce cas de figure, passer à la voiture électrique offre un bénéfice pour le climat. C’est valable pour le Brésil mais on peut aussi citer des pays comme la Suède, la Norvège, la Suisse, le Canada ou… la France ! Au plan mondial, un nombre limité de pays est hélas concerné.
Qu’en est-il du bilan carbone global de la voiture électrique ?
En plus de l’énergie nécessaire pour rouler, il faut intégrer au bilan l’énergie requise pour la fabrication de la voiture et de sa batterie. Or, pour une voiture électrique, il faut autant d’énergie pour produire la batterie que pour fabriquer le reste de la voiture. La batterie nécessite de la métallurgie et de la chimie en amont, des activités très énergivores. De telle sorte qu’à la sortie de l’usine, on est dans un rapport de un à deux entre une voiture thermique et une voiture électrique de même capacité et de mêmes performances. Au final, une voiture électrique d’une tonne qui parcourt 200 000 kilomètres au cours de sa vie engendre au moins 50 grammes de CO2 par kilomètre du seul fait de sa fabrication.
Ce bilan carbone défavorable s’applique-t-il à toutes les catégories de véhicules électriques ?
Le rendement du moteur thermique de votre voiture s’inscrit dans une fourchette de 20 % à 40 % selon les conditions de circulation. Ce qui signifie que l’énergie mécanique qui fait avancer le véhicule est égale à 20/40 % de l’énergie libérée par la combustion du carburant. Le reste est perdu sous forme de chaleur dans le moteur. Mais le rendement d’un moteur thermique diminue grosso modo avec sa taille. Un petit scooter de 150 kilos à moteur thermique aura par exemple un rendement bas, surtout s’il est deux temps. Ce qui explique qu’un scooter consomme trois litres aux 100 km alors qu’une voiture d’une tonne et demie – dix fois plus lourde – ne brûle « que » cinq litres. Pour un moteur électrique, le rendement monte à 80 %, et il reste aussi bon avec un petit moteur. Ainsi, un scooter électrique consomme très peu. Grâce à ce très fort gain sur le rendement du moteur, passer à l’électrique se justifie donc pour un scooter. Il émettra moins de CO2 même si l’électricité est produite avec du charbon. Pour des voitures familiales en revanche, tant qu’il y aura dans le monde 35 fois plus de centrales à charbon qu’il n’y a de réacteurs nucléaires en France (NDLR : 58), l’électrique ne fera rien gagner du tout…
La Chine a annoncé qu’elle réfléchissait à la conversion de son parc automobile en électrique, sans donner de date pour l’instant. Il s’est vendu 28 millions de véhicules neufs en Chine en 2016. A l’échelle planétaire, disposerait-on de suffisamment de matières premières pour fabriquer des batteries automobiles ?
C’est une des grandes questions. Pour électrifier la flotte automobile mondiale (un milliard de voitures), il faudrait multiplier par plus de cent la capacité actuelle de production de batteries de type lithium-ion. En est-on capable dans les délais demandés par l’action contre le changement climatique ? Et dispose-t-on de suffisamment de lithium accessible ? A ma connaissance, personne n’a encore regardé ce sujet de manière sérieuse.
Avec toutes les limites que vous mettez en exergue, comment expliquez-vous qu’on présente la voiture électrique comme la solution idéale ?
Parce que, dans notre monde « libre » où vous pouvez affirmer ce que vous voulez tant que vous n’insultez personne, vous ne pouvez pas empêcher des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques et des militants associatifs de l’affirmer – cela correspond soit à leurs envies, soit à leurs intérêts que l’on y croie – sans avoir procédé au moindre calcul pour le confirmer. Vous ne pouvez pas plus empêcher la presse de le répéter sans s’être donné le temps de le vérifier. Une fois que dix années de slogans simplistes ont tourné en boucle, une majorité de la population le prend pour acquis. La voiture électrique n’est pas le seul sujet sur lequel un malentendu s’est installé de la sorte !
A usage égal, quel serait l’impact sur le réseau électrique français de la la conversion du parc automobile ?
En France, nous consommons actuellement 50 millions de tonnes de pétrole par an pour les transports routiers. Tout passer à l’électrique exigerait de rajouter en gros la moitié de notre consommation électrique. Par ailleurs, nous disposons d’une puissance « pilotable » (que l’on peut mettre en route quand on le désire : nucléaire, fossile, hydraulique mais pas éolien ni solaire) d’environ 100 GW (gigawatts) électriques. Si on imagine recharger tous les soirs 30 millions de voitures électriques pendant deux heures, il faudrait appeler… 700 GW. Même en étalant sur toute la nuit, et même en ne rechargeant pas tous les véhicules, il y a un moment où ça coince dans l’équation. Notons aussi que la loi de Transition énergétique de 2015 prévoit une baisse de 50 % de l’électricité d’origine nucléaire. Si elle devait être appliquée à la lettre, on perdrait une partie de la puissance pilotable et ça n’aiderait pas à recharger 30 millions de véhicules ! Cette contradiction illustre surtout le besoin d’une stratégie cohérente. La règle actuelle, c’est plutôt : on annonce le premier slogan qui fait bien auprès de l’opinion et on réfléchit après à sa faisabilité. Malheureusement, l’énergie, c’est de la physique. Et vous ne changerez pas les lois de la physique parce que ça ferait plaisir aux électeurs… A vos yeux, quelle stratégie serait cohérente ?
Pour baisser rapidement la consommation de pétrole dans les transports, il faut jouer sur plusieurs tableaux (1). Côté voitures, il faut les fabriquer plus légères et plus petites pour amener leur consommation réelle à deux litres aux 100 km. Si vous vous fixez cet objectif, il suffit de donner des règles claires aux constructeurs automobiles et aux propriétaires de voiture. Avec, pour les uns, une fiscalité adaptée, pour les autres des obligations réglementaires. Vous obtenez ainsi des résultats sans changer le système de motorisation des véhicules, sans bouleverser la chaîne d’approvisionnement en carburant et sans devoir installer 500 GW de puissance électrique ! Une fois qu’on aura habitué le consommateur à cette mutation, on pourra d’autant plus facilement passer à la voiture électrique qui représente assurément une vraie bonne idée mais à plus long terme, avec moins de voitures en circulation et une électricité mondiale qu’on aura réellement décarboné (pour le moment, l’éolien et le solaire ne changent pas significativement la donne). Dans l’état actuel du marché, la voiture électrique n’est qu’un rêve high-tech parmi d’autres. « Vendre » l’idée que la voiture électrique familiale pour M. Tout-le-Monde va régler le problème des émissions de CO2 dans les transports, c’est mentir. On veut augmenter la place de la voiture électrique, on veut aussi réduire celle du diesel. Au sens de l’Accord de Paris sur le climat, est-ce logique ?
A nouveau les faits montrent que ce n’est pas si simple. D’abord, le diesel émet plus de particules mais moins de CO2 que la voiture à essence. Que privilégier ? Et surtout, il y a un petit problème : vous ne pouvez pas éviter de produire du carburant diesel dans une raffinerie de pétrole. Elle vous fournit toujours des « middle distillates » – un ensemble constitué par le fioul domestique, le gazole et le kérosène (pour les avions) – pour environ 30 % du pétrole raffiné. Si on supprime le fioul dans le chauffage, si on supprime les moteurs diesel et qu’on se donne pour objectif de réduire les transports aériens qui sont mauvais pour le climat, que fait-on de ces 30 % ? Les raffineries ne se transforment pas en un claquement de doigts, sur la seule foi d’une déclaration politique. Il serait beaucoup plus intéressant de diminuer dans le même mouvement les consommations d’essence et de gazole pour restreindre peu à peu les capacités de raffinage. Là encore, la prime est à l’annonce à l’emporte-pièce sans s’être donné le temps d’une réflexion sur la meilleure – ou la moins mauvaise – manière de le faire.
(1) Voir les propositions du Shift Project sur decarbonizeurope.org
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La production pour le profit : anarchie et pillage - Capitalisme et réchauffement climatique (Part 2) (Mars 2016)

https://archive.is/5KYLY
Les ravages de l’impérialisme
Quels que soient véritablement les conséquences et le calendrier du réchauffement climatique, une chose est sûre : dans un monde dominé par le capitalisme impérialiste, ce sont essentiellement la classe ouvrière et les pauvres qui subiront les conséquences humaines les plus désastreuses – qu’il s’agisse de famines, de la désorganisation de la société ou de maladies. Les pays les moins développés, qui ont des infrastructures insuffisantes et de trop maigres ressources pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, paieront un très lourd tribut. Le vrai coupable n’est pas tant le changement climatique que le système capitaliste mondial, qui impose aux pays semi-coloniaux des conditions inhumaines et prive leurs populations des moyens de défense les plus élémentaires, et pas seulement en temps de catastrophes.
L’impérialisme moderne, caractérisé par l’exportation de capitaux, s’est développé à la fin du XIXe siècle ; les frontières des Etats-nations s’avéraient trop étroites et confinées pour satisfaire les besoins des capitalistes en nouveaux marchés et en main-d’œuvre bon marché. Par le fer et par le sang, les pays avancés ont au fond partagé le monde en sphères d’exploitation en concurrence les unes avec les autres. Lénine a décrit ce processus dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), un classique du marxisme. Chaque classe capitaliste cherchant à défendre ses intérêts aux dépens de ses rivales, les impérialistes se sont embarqués dans une série de conquêtes et de guerres coloniales, dont la Première Guerre mondiale et la Deuxième ont été les points culminants.
Les classes capitalistes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon exploitent non seulement leur propre classe ouvrière mais aussi les masses opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, bloquant ainsi tout développement économique et social pour l’immense majorité de l’humanité. Les écologistes citent l’exemple du Sahel en Afrique sub-saharienne comme preuve de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique. Cette région, qui s’étend de l’océan Atlantique au Soudan, connaît depuis plus de quarante ans des sécheresses et des précipitations irrégulières. Il est vrai que la désertification rapide du Sahel, majoritairement peuplé d’éleveurs nomades et de paysans, a exacerbé la concurrence pour la terre entre les nombreux groupes ethniques de la région. Mais le fait que le Sahel s’enfonce dans la pauvreté, la famine et la misère est au fond un phénomène créé par l’homme : c’est une conséquence de la domination impérialiste.
En Afrique, une petite partie seulement des terres sont actuellement arables. Pour développer l’agriculture africaine, il faut construire des systèmes d’irrigation, assécher les marais et assainir les régions insalubres. Mais de telles mesures resteront impensables tant que le continent sera pris dans l’étau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le colonialisme a conduit l’Afrique dans une impasse en la forçant à spécialiser son agriculture dans les produits tropicaux destinés à l’exportation afin de pouvoir rembourser une dette usuraire (dette d’ailleurs accumulée dans une large mesure pour importer massivement des produits alimentaires). La destruction de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé soviétique en 1991-1992 a considérablement aggravé la dévastation du continent africain. L’Union soviétique constituait en effet le principal contrepoids à l’impérialisme américain et elle fournissait une aide importante à divers régimes du tiers-monde.
Tant que durera le capitalisme, il continuera à provoquer des famines à grande échelle et autres fléaux, comme les épidémies de maladies évitables causées par le manque d’infrastructures sociales de base (égouts, alimentation en eau potable, etc.). Même si le réchauffement climatique produit par l’homme était stoppé d’une façon ou d’une autre sous le capitalisme, les déprédations impérialistes continueraient sans relâche. Ceci a notamment comme conséquence que des milliards de personnes resteraient vulnérables aux changements climatiques « naturels », aux fluctuations régionales des cycles saisonniers, aux « événements météorologiques extrêmes » comme les ouragans et autres catastrophes naturelles. Le tremblement de terre qui a touché Haïti en janvier 2010 en est l’illustration : le nombre de victimes – environ 250 000 personnes – est le résultat de l’oppression impérialiste à laquelle est soumis depuis plus d’un siècle ce pays extrêmement pauvre, une oppression qui l’a laissé complètement à la merci des effets du séisme. A Port-au-Prince, les bâtiments mal construits se sont tout simplement écroulés ; aujourd’hui environ 1 500 000 Haïtiens vivent toujours sous des tentes de fortune.
La lutte pour le renversement révolutionnaire de l’ordre capitaliste décadent est une question de survie pour l’humanité. Une petite preuve de la supériorité d’une économie collectivisée sur le système capitaliste de production pour le profit est la façon dont Cuba, un Etat ouvrier déformé, a su protéger sa population d’ouragans dévastateurs. Quatre ouragans ont frappé Haïti en 2008, faisant 800 morts. Deux de ces tempêtes ont également traversé Cuba, entraînant la mort de quatre personnes. Malgré la mauvaise gestion bureaucratique de l’économie et la relative pauvreté du pays – aggravée par plus de quarante ans d’embargo économique américain –, Cuba est connue pour l’efficacité avec laquelle sont évacués ses habitants lors de catastrophes naturelles de ce genre : le gouvernement diffuse rapidement des prévisions météorologiques, il éduque et mobilise la population et organise l’hébergement d’urgence, les moyens de transport, l’approvisionnement en produits alimentaires ainsi que l’assistance médicale.
Spéculation et protectionnisme
Même si beaucoup de militants radicaux écologistes se considèrent anticapitalistes, toutes les variantes de l’écologisme sont des expressions de l’idéologie bourgeoise – elles proposent des correctifs sans remettre en question la pénurie et la société de classe. Les « solutions » au réchauffement climatique préconisées par de nombreux écologistes se basent sur le marché et elles ont la faveur des gouvernements capitalistes un peu partout dans le monde. Leur pièce maîtresse est le système dit « de plafonnement et d’échange » (plafonnement des émissions et échange des droits d’émission), qui est appliqué aujourd’hui dans toutes les économies européennes. Ce programme fixe une limite généreuse à la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises sont autorisées à émettre (« plafonnement »). Celles d’entre elles dont les émissions dépassent cette limite doivent acheter des crédits à celles qui émettent moins que leur niveau autorisé (« échange »). En fin de compte, c’est la classe ouvrière qui fait les frais de ce système, en premier lieu du fait des coûts plus élevés de l’énergie et des carburants. De même, si l’on instaurait une taxe carbone destinée à refléter le « coût social » des émissions sous forme de « prix », ce serait la classe ouvrière qui en supporterait le coût.
Les entreprises peuvent également éviter de réduire leurs émissions si elles investissent dans des mécanismes de « compensation » : des projets mis en place ailleurs, souvent dans des pays pauvres, et qui sont censés réduire la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère. Dans le cadre de l’un de ces projets, des familles rurales pauvres en Inde ont reçu des pompes à pédale pour irriguer leurs terres. Un autre projet encourage les Kenyans à utiliser des générateurs qui marchent au fumier. Des programmes de plantation d’arbres au Guatemala, en Equateur et en Ouganda ont perturbé les systèmes locaux d’approvisionnement en eau, obligeant ainsi des milliers de paysans à quitter leur terre sans avoir jamais reçu la compensation promise pour s’occuper des arbres. Les écologistes occidentaux peuvent peut-être « compenser » leur sentiment de culpabilité libérale de vivre une vie confortable en soutenant de tels programmes, mais dans le tiers-monde, le résultat final n’est autre qu’une paupérisation accrue des masses.
Le système « de plafonnement et d’échange » est devenu un nouveau terrain de spéculation. Certains fabricants de produits chimiques, comme la société DuPont, ont accru leur production d’un certain réfrigérant, le HFC-23 (un gaz à fort effet de serre), dans le but d’en incinérer un sous-produit de fabrication et de toucher ainsi une grosse somme en « compensation ». Le « marché carbone » promet aussi de devenir un nouveau terrain de jeu gigantesque pour les spéculateurs, les virtuoses du capital-risque et les banques d’affaires – un peu comme celui des créances hypothécaires qui a précipité l’implosion de l’économie mondiale. Plus de 130 milliards de dollars se sont échangés sur le marché mondial du carbone en 2009.
L’écologisme va aussi de pair avec le chauvinisme, ce qu’illustre le soutien des écologistes aux mesures de protectionnisme commercial. Si les principaux acteurs de la conférence de Copenhague étaient arrivés à un accord, cela aurait certainement eu comme conséquence un regain de protectionnisme. Comme l’a fait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : « En dehors des sanctions commerciales et autres pénalités désagréables, le monde a peu d’options efficaces pour faire appliquer les engagements pris pour réduire les émissions. » En effet, la législation environnementale a longtemps servi de couverture pour imposer des droits de douane, une pratique bien établie dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Historiquement, le protectionnisme a provoqué en représaille des guerres commerciales, qui ont une fâcheuse tendance à se transformer en guerres tout court.
Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’imposer une taxe sur les produits en provenance des Etats-Unis et d’autres pays non signataires du protocole de Kyoto, ceci afin de protéger les entreprises européennes. Aux Etats-Unis, la version du projet de loi présenté par le Parti démocrate à la Chambre des représentants pour instaurer un système « de compensation et d’échange » inclut une disposition qui prévoit une taxe sur les importations en provenance des pays qui n’auraient pas réduit leurs émissions d’ici 2020. L’industrie sidérurgique américaine appelle déjà à des sanctions contre les producteurs d’acier chinois si la Chine ne s’engage pas à réduire ses émissions de carbone. Emboîtant le pas aux aciéristes américains, les bureaucrates chauvins et anticommunistes du syndicat des ouvriers de la sidérurgie United Steelworkers ont porté plainte contre la Chine pour violation des règles de l’OMC parce qu’elle subventionne les exportations de panneaux solaires, d’éoliennes et autres équipements d’« énergie propre ». Le protectionnisme donne de la crédibilité à l’idée mensongère que dans chaque pays les travailleurs sont liés à leurs exploiteurs par des « intérêts nationaux » communs ; c’est du poison pour la solidarité internationale de la classe ouvrière.
Le protectionnisme visant les importations d’éthanol de canne à sucre en provenance du Brésil et d’autres pays fait aussi partie intégrante du plan du gouvernement Obama pour l’« indépendance énergétique » des Etats-Unis. En qualifiant la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole du Proche-Orient de talon d’Achille de l’Amérique, Obama n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’« indépendance énergétique » est un cri de ralliement pour accroître la capacité de l’impérialisme américain à réaliser ses ambitions militaires et économiques dans le monde entier, grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et une meilleure maîtrise de celles-ci.
Ce n’est pas par hasard que des groupes comme Greenpeace reprennent à leur compte le slogan de l’« indépendance énergétique ». Les principales organisations politiques écologistes, les partis « verts », sont des partis capitalistes de deuxième ordre hostiles au prolétariat. Aux Etats-Unis, les Verts jouent un rôle de groupe de pression libéral sur le Parti démocrate. Ce parti compte dans ses rangs des apôtres de l’écologisme comme Al Gore qui, à l’époque où il était vice-président sous Bill Clinton, a contribué à la mise en œuvre des sanctions pour affamer les Irakiens, ainsi qu’au bombardement de la Serbie. En Allemagne, les Verts ont participé à une coalition gouvernementale capitaliste avec le Parti social-démocrate de 1998 à 2005. Durant cette période, les écologistes allemands ont fait écho sur le thème de la « lutte contre la surpopulation » aux discours de l’extrême droite et à son racisme anti-immigrés. Joschka Fischer, ministre vert des Affaires étrangères, a déployé l’armée allemande en dehors des frontières (pour la première fois depuis le Troisième Reich de Hitler) pour participer aux guerres menées par les Etats-Unis contre la Serbie et l’Afghanistan.
La montée du capitalisme vert
L’écologisme n’est en aucune manière hostile à la production pour le profit. Comme le fait remarquer l’auteur d’un article du New York Times (21 avril 2010) intitulé « 40 ans après, la Journée de la Terre est une affaire de gros sous » : « L’hostilité aux entreprises était telle, au moment de la première édition de la Journée de la Terre en 1970, que les organisateurs n’avaient accepté aucune subvention de la part des grandes entreprises et qu’ils proposaient des séminaires pour “tenir tête aux chefs d’entreprise et de gouvernement dans les débats”. Quarante ans plus tard, la Journée de la Terre est devenue un événement marketing branché pour vendre tout un éventail de biens et de services, comme des fournitures de bureau, des yaourts grecs et des produits éco-dentaires. »
La rhétorique « écolo » n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui dans les conseils d’administration des entreprises. En 2009, une légion de grandes entreprises avaient quitté la chambre de commerce américaine pour protester contre son déni total du réchauffement climatique. Cette attitude reflétait des intérêts divergents au sein de la bourgeoisie américaine. Plusieurs grandes entreprises ont décidé d’adopter une politique de « neutralité carbone », comme le géant de l’Internet Google, qui se flatte de construire des centres de données « éco-énergétiques » et d’investir dans des installations solaires et des parcs éoliens.
Lord Browne, ex-directeur général de British Petroleum (BP), avait contribué au milieu des années 1990 à lancer cette mode en faisant passer l’amélioration des rendements pour des réductions d’émissions et en faisant tout un battage là-dessus à coups de communiqués de presse. Aux Etats-Unis, les homologues de Browne injectaient des millions de dollars dans les caisses de la « Global Climate Coalition », l’un des groupes industriels les plus ouvertement opposés à la réduction des émissions. Browne au contraire flairait les subventions et les avantages fiscaux qui allaient découler du consensus occidental naissant selon lequel les émissions de carbone étaient un problème. Il rebaptisa son entreprise « Beyond Petroleum », créa un nouveau logo « écolo » et entreprit de faire du producteur régional qu’était BP une compagnie pétrolière mondiale engagée aussi dans les énergies « alternatives ». Pendant ce temps, BP réduisait les coûts en utilisant des matériaux de construction bon marché et rognait sur les dispositifs de sécurité des plates-formes pétrolières, préparant ainsi le terrain pour de nombreux « accidents », comme l’explosion d’avril 2010 qui causa la mort de onze travailleurs et le déversement de millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique (voir « Désastre dans le golfe : la course au profit capitaliste tue », Workers Vanguard n° 961, 2 juillet 2010).
Même si les écologistes libéraux et les réformistes de l’ISO montrent BP du doigt parce que ce dernier cherche à « écoblanchir » son exploitation des combustibles fossiles, le fait est que Browne a été l’un des instigateurs du mouvement pour le « passage au vert ». L’attention médiatique qui a entouré le calculateur de consommation énergétique que BP avait posté en 2005 sur son site internet a contribué à populariser l’idée que chaque individu devait réduire son « empreinte carbone ». L’année suivante, Al Gore prescrivait dans son documentaire Une vérité qui dérange l’abandon de certaines habitudes de vie prétendument gaspilleuses : les gens devaient consommer moins, utiliser moins d’eau chaude, remplacer leurs ampoules à incandescence par des lampes fluo-compactes et gonfler correctement leurs pneus de voiture. L’Economist de Londres (31 mai 2007), porte-parole du capital financier, faisait remarquer sarcastiquement que « les choix économiques individuels ne feront pas l’ombre d’une différence pour l’avenir de la planète. On ne sauvera pas les ours polaires en éteignant les lumières. » Les sermons d’Al Gore sur la réduction de la consommation ne l’empêchent pas de profiter de sa somptueuse villa de Nashville ou de son jet privé.
« Faire plus avec moins » n’est pas franchement une option pour les ouvriers au chômage dans les friches industrielles de Detroit, ou pour les populations qui vivent entassées dans les bidonvilles de Calcutta. Les entreprises qui deviennent « neutres en carbone » n’amélioreront pas les conditions de travail sur les chaînes de montage, où les ouvriers risquent de perdre un membre ou même la vie parce que les patrons décident d’augmenter les cadences pour extraire un maximum de profit. Le recours à des sources d’énergie « alternatives » ne réduira pas les niveaux de pollution dans les quartiers pauvres et ouvriers. Les entreprises qui produisent de l’énergie, en revanche, s’en mettront plein les poches.
Toute tentative d’utiliser de façon rationnelle les ressources de la planète et d’éviter la dégradation à grande échelle de l’environnement se heurte nécessairement à l’anarchie de la production sous le capitalisme, un système qui repose sur la propriété privée des moyens de production (les usines, la technologie, la terre, etc.). Même si les usines individuellement peuvent être bien organisées, il n’y a pas de planification économique à l’échelle mondiale. Les décisions d’investissement, y compris pour la recherche et le développement, sont avant tout motivées par le profit.
Friedrich Engels, qui a fondé avec Karl Marx le socialisme moderne et scientifique, écrivait dans son essai inachevé de 1876 « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » :
« Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible. »
Pourquoi la question de l’environnement suscite-t-elle alors des inquiétudes de la part de nombreux porte-parole de la bourgeoisie ? D’abord parce qu’un capitaliste individuel va s’inquiéter s’il est démontré que la pollution industrielle affecte sa propre santé et pas seulement celle de ses esclaves salariés. Plus généralement, un nombre croissant de représentants politiques des capitalistes s’alarment face à la menace de perturbations économiques et sociales que fait peser le réchauffement climatique. Un article du New York Times (9 août 2009) intitulé « Le changement climatique considéré comme une menace pour la sécurité américaine » citait plusieurs experts militaires et spécialistes du renseignement qui évoquaient la possibilité, dans les prochaines décennies, « d’intervenir militairement pour faire face aux effets de tempêtes violentes, de sécheresses, de migrations de masse et d’épidémies ». Le Pentagone élabore déjà des plans pour sécuriser ses installations situées au niveau de la mer et fortifier les frontières pour empêcher l’entrée de réfugiés. Les discours du gouvernement sur la sauvegarde des intérêts américains sont une recette pour de nouvelles interventions impérialistes comme l’occupation d’Haïti, sous couvert de « porter secours aux victimes de la catastrophe » après le séisme de janvier 2010.
Ceux qui à gauche ne croient plus à une révolution socialiste prolétarienne n’ont plus rien d’autre à proposer que leurs propres scénarios catastrophe avec des stratégies réformistes impuissantes. Dans la New Left Review (janvier-février 2010), Mike Davis écarte la possibilité d’une « révolution mondiale », qualifiée de « scénario complètement irréaliste ». Il se résigne ainsi à accepter l’inévitabilité d’une catastrophe écologique imminente : « Au lieu de galvaniser l’innovation héroïque et la coopération internationale, les turbulences environnementales et socio-économiques croissantes risquent simplement de pousser encore plus les classes supérieures à se claquemurer frénétiquement pour s’isoler du reste de l’humanité […]. L’objectif serait de créer de vertes oasis de richesse permanente, entourées de murs, au milieu d’une planète dévastée. »
John Bellamy Foster, une vedette de l’« éco-socialisme », déploie tous ses efforts pour transformer Karl Marx en un proto-écologiste et pour vider le marxisme de son contenu révolutionnaire. Dans un article publié dans la Monthly Review (janvier 2010), il parle d’un « nouveau prolétariat environnemental » composé de petits paysans, d’habitants des bidonvilles sans travail et d’autres couches de la population du tiers-monde « directement exposées et qui seront les premières touchées par les catastrophes imminentes ». Ce « prolétariat » est présenté comme « le principal agent historique et l’initiateur d’une nouvelle ère de révolutions écologiques ». Cette notion prend clairement ses racines dans la « nouvelle gauche » des années 1960. Celle-ci rejetait l’idée que la classe ouvrière, dans les pays avancés comme dans le monde néocolonial, est la seule à pouvoir renverser l’ordre capitaliste et collectiviser les moyens de production. Après la disparition de la nouvelle gauche, de nombreux militants radicaux se sont réconciliés avec l’impérialisme et ont adhéré à l’une ou l’autre variante de la politique écologiste.
Il existe bel et bien un prolétariat dans les régions dont parle Bellamy : les mineurs de platine en Afrique du Sud, les ouvriers des chaînes de montage de l’industrie automobile en Inde et dans les usines aéronautiques au Brésil. Comme dans les pays capitalistes avancés, ce qui manque ce sont des partis ouvriers révolutionnaires, capables de mobiliser cette puissance sociale en se mettant à la tête des masses dépossédées des villes et des campagnes pour les mener vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/climat.html
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« Unité nationale » : au profit des patrons, aux dépens des travailleurs - La catastrophe du tsunami au Japon et les crimes du capitalisme (Juin 2011)

https://archive.is/acjB2
Le Bolchévik nº 196 Juin 2011
« Unité nationale » : au profit des patrons, aux dépens des travailleurs
La catastrophe du tsunami au Japon et les crimes du capitalisme
Nous reproduisons ci-dessous un article de Workers Vanguard (n° 978, 15 avril), journal de notre section américaine, rédigé sur la base de rapports écrits par nos camarades du Groupe spartaciste Japon.
12 avril – Le très violent tremblement de terre, au large de la côte nord-est du Japon, et la série de tsunamis dévastateurs ont causé une tragédie humaine aux proportions gigantesques. Ce qui était l’une des régions les plus belles du pays a été réduit à l’état de décombres et certaines zones pourraient être inhabitables pour des dizaines d’années à cause de la contamination radioactive provenant de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La région continue d’être secouée par de violentes répliques : le 7 avril une secousse de magnitude 7,1 a frappé une grande partie du nord-est, endommageant à nouveau le complexe nucléaire déjà touché et mettant hors service la production électrique de trois autres installations nucléaires. Aujourd’hui le gouvernement japonais a annoncé que la centrale de Fukushima avait émis un tel niveau de radiation que la gravité de la catastrophe nucléaire a été relevée au niveau maximum – un niveau égal à celui qui fut attribué en 1986 à l’accident de Tchernobyl, dans l’ex-Union soviétique.
Si des dizaines de milliers de personnes sont déjà mortes ou portées disparues, le nombre exact de personnes ayant perdu la vie pourrait rester à jamais inconnu car des familles entières et des pans entiers de villages ont été balayés par la mer. Pendant près d’un mois après le tsunami, la zone de 20 km autour de la centrale nucléaire était couverte des corps d’un millier de victimes du tsunami. On les a laissés se décomposer parce que le gouvernement, évoquant le haut niveau de radiation, refusait de les ramasser et de les enterrer. Des centaines de milliers de survivants sont toujours sans abri, transférés sans arrêt d’un centre d’évacuation à l’autre, nombre d’entre eux n’ayant toujours pas assez à manger. Beaucoup de centres et même certaines institutions médicales refusent l’accès à ceux qui n’ont pas reçu un certificat et un badge, qu’ils doivent porter en permanence, montrant qu’ils n’ont pas été exposés aux radiations.
Le gouvernement capitaliste se sert de cette tragédie comme justification pour enrégimenter la population. 40 % des effectifs de l’armée japonaise ont été déployés pour rétablir l’« ordre » dans les zones dévastées. Alors que des fournitures de première nécessité attendues en urgence sont retenues par les contrôles de sécurité, dans l’esprit de la croisade mondiale « antiterroriste » des impérialistes, ou sont retardées par l’indifférence bureaucratique habituelle, les médias bourgeois parlent de « pillages » de la part des survivants désespérés du tsunami et couvrent d’éloges l’armée pour ses mesures répressives. Pendant ce temps, la ville de Minami Soma recevait des centaines de caisses de nourriture et d’autres fournitures envoyées depuis l’étranger par des personnes ayant vu sur YouTube un appel du maire décrivant des habitants en proie à la faim, coincés dans les maisons et les abris alors que l’alerte nucléaire empêchait l’arrivée des cargaisons alimentaires du gouvernement (New York Times, 7 avril).
Dès le début, le gouvernement a menti sur l’ampleur des fuites radioactives à la centrale nucléaire endommagée, dans l’espoir d’apaiser la population. Mais moins de cinq heures après le séisme, d’après le Ministère de la Défense, le Premier ministre avait déclaré l’« état d’urgence nucléaire », ce qui indique clairement que la bourgeoisie était tout de suite consciente du danger.
La dissimulation, la désinformation et les mensonges débités par le gouvernement capitaliste continuent de mettre en danger la population dans les régions affectées et jusqu’à Tokyo, 250 km au sud. Alors que ceux qui en avaient les moyens financiers ont pu s’enfuir vers l’ouest du pays, la majorité de la classe ouvrière, surtout les pauvres, les malades et les personnes âgées, ont été abandonnés. Les gens quémandaient de la nourriture et des produits de première nécessité comme de l’eau en bouteille, des piles ou des radios, qui continuent de manquer dans les magasins. Ceux qui s’occupaient de leurs proches infirmes ont également été pris au piège ; au Japon, soi-disant par égard pour les valeurs confucéennes de respect envers les ancêtres, les pensions des travailleurs retraités sont très basses et la prise en charge des personnes âgées retombe sur la jeune génération de travailleurs.
Dans l’« attente de la fusion totale », les gens sont retournés dans la région du Grand Tokyo où on leur a annoncé que le lait et certains produits frais contenaient des traces de radioactivité, de même que l’eau du robinet. (Stupidement et cyniquement, le gouvernement leur a dit qu’il suffisait de faire bouillir l’eau à consommer.) Pendant trois semaines, des coupures tournantes de courant ont perturbé les transports, ainsi que le chauffage et l’éclairage des particuliers, hôpitaux et entreprises ; l’utilisation de l’énergie pendant les chaleurs estivales étouffantes va certainement être restreinte. Depuis quatre semaines, des centaines d’héroïques ouvriers des centrales électriques risquent leur vie pour reprendre le contrôle de la centrale nucléaire, s’exposant à de fortes doses de radiations, étant donné que le gouvernement revoit à la hausse ce qu’il considère comme niveau de « tolérance ». Beaucoup d’entre eux, vivant dans les zones proches, ont déjà perdu leur famille et leur logement.
Profits exorbitants et complicité du gouvernement
Le tremblement de terre de Tohoku d’une magnitude 9 et les vagues de tsunamis, atteignant par endroits 20 m de haut, étaient des catastrophes naturelles. Mais la crise qui continue de se développer à la centrale nucléaire de Fukushima est uniquement le fait de l’homme, un produit de la rapacité de l’ordre capitaliste, pour lequel seuls les profits comptent et qui n’a que mépris pour la sécurité et la vie humaine.
En tant que socialistes scientifiques, nous sommes en faveur du développement et de l’utilisation des sources d’énergie pour le bien de l’humanité. Lorsque les ouvriers du monde dirigeront la planète, l’énergie sera générée et utilisée de la manière la plus rationnelle, efficace et sûre possible, ce qui impliquera le développement de nouvelles sources d’énergie. Nous avons déjà fait remarquer que les centrales nucléaires comportent des risques particuliers, ce qui mène à recommander qu’elles ne soient pas situées près des concentrations de population ou en l’amont de celles-ci par rapport au sens du vent. Mais on ne peut pas produire de l’énergie qui soit sûre tant que le principe directeur de l’économie sera la course au profit pour une classe d’exploiteurs possédant les moyens de production.
Sous le règne des capitalistes, pour lesquels les travailleurs ne sont qu’une autre forme de matière première à utiliser, les barrages hydroélectriques et les gazoducs ne seront jamais sécurisés contre des accidents de grande ampleur menaçant des communautés entières. Des accidents évitables sur les plates-formes pétrolières et dans les mines de charbon provoquent la mort de nombreuses personnes ; plus discrètement, aux Etats-Unis 1 500 mineurs de charbon à la retraite meurent chaque année de l’horrible « maladie du mineur » (silicose). En 2008 l’essor des biocarburants aux Etats-Unis a provoqué une pénurie de céréales alimentaires, ce qui a contribué au déclenchement d’une crise alimentaire mondiale : produire du carburant à partir d’éthanol de maïs était alors plus rentable que de le cultiver pour nourrir la population.
L’exemple du Japon démontre l’irrationalité inhérente au système capitaliste et souligne la nécessité d’une économie planifiée internationalement dans un monde socialiste. Le Japon est historiquement un pays aux ressources naturelles pauvres et à forte densité de population. Depuis qu’il a fermé sa dernière mine de charbon en 2002, il importe du Proche-Orient près de 90 % de ses besoins pétroliers. S’efforçant d’atteindre l’autosuffisance énergétique, le pays, situé sur plusieurs failles tectoniques, produit près de 30 % de son électricité dans ses 55 réacteurs nucléaires (et projetait d’atteindre 50 %).
Une illustration à plus petite échelle de l’irrationalité du capitalisme : l’un des facteurs contribuant à la pénurie actuelle d’électricité est que les compagnies d’électricité privées, qui de fait détiennent le monopole dans les régions qui leur sont affectées, produisent l’électricité à des fréquences différentes. L’industrie électrique fut apportée au Japon pendant l’ère de la restauration Meiji à la fin du XIXe siècle. Sa construction fut marquée par une concurrence féroce entre les bourgeoisies des différentes régions : celle basée à Tokyo importa des générateurs d’une société allemande utilisant le courant alternatif à 50 hertz alors que la bourgeoisie d’Osaka en importa de General Electric à une fréquence de 60 hertz. Avec seulement trois stations de conversion de fréquence aux capacités limitées, l’électricité produite à l’ouest du pays ne peut être facilement transférée vers l’est.
La société Tokyo Electric Power (Tepco) est l’une des dix sociétés d’électricité au Japon. Quatrième plus grand producteur privé d’électricité au monde, Tepco alimente les régions les plus industrialisées et les plus peuplées du Japon. L’année dernière elle a fait un bénéfice net de 140 milliards de yens (1,3 milliard d’euros), dû pour l’essentiel aux tarifs électriques exorbitants et à la complicité de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle qui a fermé les yeux sur les infractions à la sécurité. De plus, la société a pris des mesures pour réduire ses coûts : maintenance inadaptée sur des installations obsolètes, employés privés d’équipement de sécurité, utilisation de sous-traitants et d’employés précaires.
En 2002, Tepco a admis avoir soumis, à des centaines de reprises et pendant des années, des données falsifiées sur les rapports d’inspection de ses réacteurs nucléaires. 29 rapports falsifiés concernaient des fissures ou des signes de fissures sur des appareils au niveau du cœur de 13 réacteurs à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, dans la préfecture de Niigata, et des réacteurs des centrales n° 1 et 2 à Fukushima.
Kashiwazaki-Kariwa est la plus grande centrale nucléaire au monde. Après un tremblement de terre en 2007, Tepco a falsifié les quantités de substances radioactives qui s’étaient échappées dans l’air et en mer du Japon. Par la suite, pour compenser la perte due à la fermeture de la centrale pour inspection et réparations, la société a comprimé les dépenses de maintenance dans toutes ses centrales.
La centrale de Fukushima Daiichi est la plus ancienne installation nucléaire de Tepco. Construite dans les années 1970, elle abrite six réacteurs et repose au-dessus d’une faille tectonique connue. Conçu par General Electric, le réacteur n° 1 de Fukushima Daiichi devait fermer en février. Son autorisation de fonctionnement a été prolongée de dix ans alors que des alarmes avaient révélé la vulnérabilité de son générateur auxiliaire aux dégâts des eaux. L’histoire de cette centrale est jalonnée de pratiques dangereuses, évitant les inspections de sécurité à de nombreuses reprises dans les dix dernières années, y compris deux semaines avant le séisme. Un rapport soumis le 28 février par Tepco à l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle admettait que 33 équipements dans tous les réacteurs de la centrale Daiichi n’avaient pas été inspectés, dont un moteur et un générateur électrique auxiliaire du réacteur n° 1. Autre mesure de réduction drastique des dépenses, la société a choisi de stocker sur site le combustible usagé au lieu d’investir dans des moyens de stockage plus sûrs. Au moment du tremblement de terre, l’équivalent de six ans de barres d’uranium usagé s’étaient accumulées.
Déjà en 1972, l’agence de régulation nucléaire des Etats-Unis avait indiqué que les modèles de réacteur de General Electric étaient plus que d’autres susceptibles de fuites radioactives. Il y a quatre ans une équipe de recherche de Tepco a averti la société que la centrale n’était pas correctement protégée contre les séismes et les tsunamis, notant que ses digues n’étaient pas suffisamment hautes. En étudiant le mode opératoire des séismes dans la région sur plusieurs siècles, l’équipe expliquait qu’un fort séisme et un tsunami étaient depuis longtemps à l’ordre du jour et qu’il y avait 10 % de possibilités que le complexe, vieux de 40 ans, serait dévasté. Les responsables de Tepco ont ignoré ce rapport.
Nous luttons pour une révolution ouvrière au Japon pour arracher l’industrie des mains de ses propriétaires capitalistes gorgés de profit. Dans toute l’industrie nous nous battons pour un contrôle syndical des conditions de travail et, en cas de risques spécifiques, pour des luttes syndicales qui arrêtent les opérations. Ceci nécessite un effort concerté pour syndiquer l’industrie de l’énergie nucléaire, ainsi que les toujours plus nombreux fournisseurs et sous-traitants sans syndicats dans toute la branche. Mais les bureaucrates traîtres à la tête des syndicats se considèrent comme « partenaires » des capitalistes japonais. Cherchant à protéger le système de profit, ils n’agissent pas pour défendre leurs membres, et encore moins la classe ouvrière. Nous luttons pour une nouvelle direction, une direction lutte de classe des syndicats, qui se battra pour l’expropriation sans indemnité des patrons de l’énergie sous un gouvernement ouvrier. L’effort pour forger une direction de ce type fait partie intégrante de la lutte pour construire un parti ouvrier révolutionnaire, dont le but sera de se débarrasser du système capitaliste d’esclavage salarié tout entier.
Les ouvriers de Fukushima
Le 19 mars, le Partisan Defense Committee, organisation de défense associée à la Spartacist League/U.S., a envoyé un courrier à la Fédération des ouvriers de l’industrie électrique, saluant l’héroïsme des ouvriers du nucléaire :
« Le courage et le dévouement des ouvriers de Fukushima Daiichi contrastent singulièrement avec le parasitisme et l’avidité des propriétaires et responsables de Tepco et de leurs porte-parole officieux au gouvernement. Ceux-ci ont mis en danger la population par leur opacité et leur incompétence. La préoccupation primordiale des capitalistes de tous les pays et dans toutes les branches d’industrie, c’est les profits et non pas la sécurité des ouvriers ou l’intérêt de la société dans son ensemble. »
A ce jour, 21 ouvriers auraient été exposés à des niveaux potentiellement mortels de radiations en essayant de reprendre le contrôle de la centrale de Fukushima. Beaucoup plus tomberont malades : le gouvernement a récemment annoncé qu’il faudrait des mois avant que la fuite radioactive ne soit colmatée. Les effets à long terme des maladies dues aux radiations et les divers cancers induits dont souffriront ces ouvriers ne peuvent pas encore être connus, mais il est certain que beaucoup connaîtront une mort douloureuse. Nous exigeons les soins gratuits à vie pour ces travailleurs et leur famille.
Les quelque 400 ouvriers qui risquent actuellement leur vie sont considérés comme jetables par la société. Ils n’ont même pas été suffisamment équipés en dosimètres mesurant le taux de radiation ; certains n’ont reçu qu’une combinaison légère comme de la gaze à la place des équipements de protection individuelle standard ; ils manquent de masques à gaz, de bottes protectrices pour se déplacer, en conséquence des ouvriers sont obligés d’envelopper leurs chaussures dans des sacs poubelles en plastique.
D’après Kazuma Yokota, de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle, ces travailleurs dorment près des réacteurs à même le sol d’un immeuble, couvert d’une tôle contenant du plomb pour bloquer les radiations. Les ouvriers s’enroulent dans des couvertures et dorment blottis les uns contre les autres. Pendant près de trois semaines, jusqu’à ce que cela provoque un tollé, ils ne recevaient que deux repas par jour : le matin, des biscuits et du jus de fruit, le soir, un sachet de riz à bouillir et de la nourriture en conserve. Au début chacun n’avait qu’une seule bouteille d’eau par jour.
Alors que ce pays se targue de ses innovations et de son usage de la robotique, aucun robot n’était disponible à Fukushima. Le professeur Satoshi Tadokoro, le principal chercheur en robots secouristes, a déclaré que son équipe avait travaillé au développement de robots pouvant être utilisés dans ce type de situation, mais que la recherche avait été interrompue. « Les sociétés à la tête des centrales ont indiqué qu’elles n’avaient pas besoin de ce genre de robots parce que leurs centrales nucléaires n’ont jamais d’accident et sont sûres » (cité par le site web du Centre pour la localisation et le secours assistés par des robots de l’université A&M du Texas). Une entreprise française a expédié par bateau des robots immédiatement après le tsunami, mais le gouvernement japonais en a arrêté la livraison parce que l’expédition n’avait pas respecté les normes appropriées.
S’inspirant de ses grands frères General Electric et Westinghouse, qui avaient envoyé au Japon dans les années 1970 des équipes d’ouvriers noirs effectuer des travaux similaires dans les centrales nucléaires, Tepco a pour pratique d’embaucher comme travailleurs temporaires des Burakumin (la caste des « intouchables » au Japon) et des journaliers venant des quartiers miséreux de Sanya à Tokyo et de Kamagasaki à Osaka. Surnommés « tsiganes genpatsu (du nucléaire) », ces ouvriers ne sont pas syndiqués. En général embauchés par des sous-traitants, ils vont d’une centrale à l’autre, travaillent selon des normes d’exposition aux radiations moins restrictives que les ouvriers sous contrat à durée indéterminée, et pour des salaires et avantages sociaux moindres. Dans les années 1980, les tentatives de syndiquer cette main-d’œuvre ont été annihilées par des gangsters qui menaçaient de s’en prendre aux familles des représentants syndicaux.
L’année dernière à la centrale de Fukushima Daiichi, 89 % des ouvriers étaient précaires (New York Times, 10 avril). Leurs tâches « normales » incluent d’enlever avec des brosses et des chiffons la poussière radioactive de centaines de pièces à l’intérieur des réacteurs. Ils sont actuellement en première ligne pour essayer de refroidir la centrale contaminée, prenant un terrible risque personnel.
La croisade réactionnaire pour l’« unité nationale »
Le déplacement soudain de la plaque tectonique du Pacifique sous la plaque nord-américaine a causé le séisme du 11 mars, provoquant une rupture des fonds marins longue de 300 km et large de 150 km. L’île principale de Honshu a été déplacée de 2,5 mètres vers l’est et l’axe de la Terre a été décalé de 10 cm. Les implications politiques et économiques pour la population ont aussi été très visibles, la bourgeoisie utilisant la terrible situation pour mener une énorme campagne d’« unité nationale » afin d’intensifier les attaques contre la classe ouvrière. Tout en travaillant à renforcer l’appareil répressif de l’Etat, la bourgeoisie présente son armée, qui participe aux guerres impérialistes contre l’Irak et l’Afghanistan, sous l’aspect d’une force « humanitaire ».
La colère et la frustration sont largement répandues et justifiées face à l’incompétence flagrante du gouvernement capitaliste suite à la catastrophe et à ses perpétuelles dissimulations cyniques. En tant que marxistes révolutionnaires, nous cherchons à transformer cette méfiance et cette colère en une compréhension plus profonde par le prolétariat qu’il faut renverser cet ordre capitaliste irrationnel par des révolutions ouvrières. Par contre la gauche réformiste cherche à canaliser les divers mécontentements et frustrations des travailleurs et opprimés vers une campagne pour renforcer les illusions dans l’Etat bourgeois.
Inquiet de la colère croissante dans la population contre ses dissimulations, le gouvernement a sorti de son chapeau ce résidu féodal qu’est l’empereur Akihito, pour qu’il fasse sa toute première déclaration télévisée. Cela s’est retourné contre lui, renforçant les soupçons que la situation était hors de contrôle. Crédité de 20 % d’opinions favorables avant le séisme et dirigeant une économie en pire état que celles des autres puissances impérialistes, le Premier ministre Kan, du Parti démocrate – le cinquième en quatre ans – a courtisé l’opposition, le Parti libéral démocrate (PLD) qui a dirigé le Japon pendant des dizaines d’années, pour former un gouvernement d’« unité nationale ». Dans les conditions actuelles, le PLD n’est pas pressé de prendre part aux responsabilités. Le Parti communiste du Japon (PCJ), lui, toujours prêt à montrer sa loyauté envers la bourgeoisie, a annoncé le 14 mars que les prochaines élections municipales devraient être reportées, car selon les propos de Shii, son président, « l’heure est à la mobilisation nationale pour le sauvetage et le redressement, indépendamment des divergences idéologiques. » Le Parti social-démocrate (PSD, anciennement Parti socialiste) estime dans la même veine que la « crise nationale » nécessite « un cadre de collaboration entre tous les partis politiques ».
La militarisation des secours et la gauche réformiste
La déclaration de l’état d’urgence nucléaire a donné le feu vert au déploiement de l’armée, nommée « Forces d’autodéfense » (FAD), plaçant de fait le nord-est du Japon sous la loi martiale. C’est la plus grande mobilisation militaire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec le déploiement de plus de 100 000 soldats et réservistes, 209 hélicoptères, 321 avions et 57 navires.
La législation permettant de mobiliser l’armée si facilement a été élaborée par un gouvernement précédent, la coalition dirigée par le Premier ministre PSD Tomiichi Murayama, après le séisme de 1995 à Kobe. Votée en 1999, la loi rendait obligatoire la militarisation des ports, aéroports et personnels médicaux civils en cas de « situations périlleuses ».
La loi stipule que les pompiers font partie de l’Etat. Mais contrairement aux flics et aux soldats, ce sont des travailleurs qui effectuent un service utile à la société. Nous soutenons les efforts des pompiers japonais pour créer un syndicat qui les représente. Les médias bourgeois ont quasiment passé sous silence les efforts des pompiers et des ouvriers qui travaillent sur les centrales à Fukushima. Par contre les FAD sont présentées comme des héros. Si leur mission consiste officiellement à fournir des moyens de transport et à aider à la distribution des fournitures de secours, la réalité est bien différente.
L’aide et les fournitures provenant d’autres pays sont restées dans les entrepôts pendant des semaines, lorsqu’elles n’étaient pas simplement renvoyées. Des couvertures d’Indonésie ont été refusées au prétexte qu’elles étaient trop minces ; 15 000 tonnes de riz de Thaïlande ont été carrément rejetées. Une tonne de matériel médical en provenance d’Ukraine, y compris des pastilles d’iode, n’a pas été accepté, n’ayant « pas reçu de certification » ; Singapour a dû affréter des camions privés pour livrer l’aide aux zones touchées. Comme après le tremblement de terre de Kobé, lorsque le gouvernement avait retardé la livraison même des biens de première nécessité, les yakuza (crime organisé) ont réussi à remettre des tonnes de matériel aux évacués.
Beaucoup d’évacués se plaignent de n’avoir eu pendant des semaines rien d’autre à manger, pour les plus chanceux, qu’une boule de riz, un bol de nouilles et un peu d’eau. Les syndicalistes et d’autres personnes qui sont allés au nord chercher des proches et apporter des vivres ont rapporté que depuis des semaines l’armée empêche l’aide d’arriver à ceux qui en ont besoin, bloquant les voitures civiles car les FAD doivent « sécuriser les voies de secours ». Des camionnettes de ravitaillement ont été refoulées des autoroutes principales ; les gares ferroviaires et les arrêts de bus seraient sous contrôle des FAD. Dans les villes, grandes et moyennes, les FAD sont aussi déployées en patrouilles « anti-délinquance », aux côtés de la police (Asahi Shimbun, 4 avril).
Les quotidiens bourgeois libéraux Mainichi et Asahi appellent à rationaliser les agences gouvernementales pour créer un système de commandement central similaire à celui qui fut appliqué après le grand séisme de Kanto en 1923. C’est dans les années 1920 au Japon, marquées par les chasses aux sorcières anticommunistes dans le cadre de la « loi pour la préservation de la paix », que les cliques militaristes réactionnaires gagnèrent de l’influence au gouvernement.
Bien dans sa ligne réformiste social-patriote, la plupart de la gauche japonaise soutient les mesures d’« urgence » et se plaint à l’occasion que la militarisation de la société ne soit pas suffisamment centralisée ou efficace. Ce ne sont pas seulement les sociaux-démocrates et les soi-disant communistes qui parlent ainsi : les groupes plus petits, parfois décrits comme la « nouvelle gauche », le font aussi pour l’essentiel. Ces organisations sont historiquement caractérisées par leur choix du « troisième camp » entre l’impérialisme et l’Union soviétique, une mince couverture à leur alignement direct derrière leur « propre » bourgeoisie.
Ainsi la critique principale du groupe Kakumaru contre le gouvernement est qu’il ne mobilise pas suffisamment l’armée pour défendre et protéger la population ; Kakumaru se plaint que « l’armée a été déployée au coup par coup » et trop lentement, et que le « gouvernement, l’armée nationale, les autorités locales comme la police n’ont pas mis en place de centre unique d’information » (Kaiho, 15 mars). Le PCJ et Kakumaru exigent la publication des photos de la zone frappée par le tsunami prises par les satellites envoyés dans l’espace pour espionner les Etats ouvriers déformés de Chine et de Corée du Nord. Kakumaru écrit : « Le gouvernement doit tout d’abord utiliser les capacités de collecte d’information de l’armée nationale japonaise et se servir pleinement des satellites espions pour prendre la mesure complète des dévastations dans toutes les zones » (Kaiho, 15 mars). Kakumaru exige aussi une meilleure collaboration entre l’armée et les flics.
Le groupe Chukaku, lui, prend une posture plus oppositionnelle vis-à-vis du gouvernement, mais relaie l’illusion que l’armée impérialiste japonaise peut être mise au service de la population. Chukaku se plaint que « le maintien de la sécurité nationale a été jugé prioritaire par rapport au secours des victimes et à l’approvisionnement de l’aide [par les FAD], qui sont mis à l’arrière-plan » (Zenshin, 21 mars). Si Chukaku appelle avec raison à un effort « autonome » de la classe ouvrière en soutien aux victimes de la catastrophe, il prétend en même temps que les soldats font partie de la classe ouvrière. Cette idée fait obstacle à ce que le prolétariat parvienne à une conscience de classe élémentaire. Cherchant à aider le capitalisme à redéfinir ses priorités, Chukaku recommande de « réduire les dépenses militaires » plutôt que les subventions pour les familles pauvres. L’orientation réformiste de Chukaku consiste à appeler à ne pas remettre en cause la Constitution et à essayer d’obtenir un gouvernement moins réactionnaire dans le cadre capitaliste ; le principal mot d’ordre de leur déclaration d’urgence du 12 mars est de « lutter contre le néolibéralisme ».
L’une des principales exigences du groupe Kakehashi, parfois identifié à tort au trotskysme, est la fermeture immédiate de toutes les centrales nucléaires. Tout comme les partisans plus traditionnels de l’écologie politique, il considère que la technologie est un problème plus grave que le capitalisme. Kakehashi est aussi en accord avec le PSD qui appelle à « tourner le dos à l’énergie nucléaire ». Le PCJ, de son côté, n’appelle pas à l’abolition du nucléaire ; il a depuis longtemps une position ouvertement nationaliste pour une autosuffisance énergétique du Japon. Même si nous avons la plus grande méfiance envers les industriels de l’énergie et leurs prétentions de disposer de réacteurs nucléaires sûrs sous le capitalisme, nous nous opposons à la croisade contre l’énergie nucléaire en soi.
Les Etats-Unis sont le seul pays à avoir utilisé des bombes atomiques (incinérant Hiroshima et Nagasaki pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors que le Japon était en fait déjà vaincu) ; ils répandent maintenant la mort et la destruction en Afghanistan, en Irak et en Libye. Ceci n’empêche pas le gouvernement japonais d’essayer aujourd’hui de présenter sous un jour humanitaire l’armée américaine, qui appelle hypocritement Opération Tomodachi (ami) sa mobilisation militaire suite au tremblement de terre. Les capitalistes japonais cherchent à renforcer l’alliance militaire USA-Japon, qui est d’abord et avant tout une alliance anticommuniste, initialement dirigée contre l’Etat ouvrier dégénéré soviétique et ciblant aujourd’hui la Chine et la Corée du Nord. Avec près de 50 000 soldats américains répartis dans 85 bases militaires sur tout l’archipel japonais, cette alliance est aussi destinée à réprimer les luttes de la classe ouvrière militante dans toute l’Asie.
La bourgeoisie japonaise cherche toujours à en finir avec les sentiments pacifistes de la population – un héritage persistant de la défaite du Japon durant la Deuxième Guerre mondiale – ainsi qu’avec le mécontentement plus récent contre la présence des troupes US à Okinawa et ailleurs, et elle salue l’« opération d’aide mutuelle » avec l’armée US dans la crise en cours. Le ministre de la Défense Kitazawa exultait que « le traité de sécurité Japon-USA sera encore renforcé » (Yomiuri Shimbun, 4 avril). Nous disons : Les troupes des FAD déployées dans le nord du Japon doivent s’en aller ! Nous appelons à écraser l’alliance contre-révolutionnaire entre les impérialismes américain et japonais par des révolutions ouvrières des deux côtés du Pacifique.
Ils veulent faire payer les travailleurs
Possédant la dette publique la plus élevée au monde – le double de son PIB de 425 000 milliards de yens –, le Japon fait face à des coûts de reconstruction estimés dans un premier temps à quelque 4 000 milliards de yens. La destruction de la plupart des routes, des chemins de fer et des ports dans la zone touchée et les trois semaines de délestages électriques tournants dans l’est du pays ont porté un coup sévère à l’industrie japonaise qui a provoqué des répercussions internationales.
La région de Tohoku produisait 8 % du PIB. Elle abritait non seulement des terres cultivables et des fabriques de conserves, mais aussi des usines de pièces pour des sociétés géantes comme Toyota et Sony et des entreprises petites et moyennes alimentant en composants des multinationales comme Boeing, General Motors et Peugeot Citroën. Ces sociétés font maintenant des pieds et des mains pour trouver des composants, après avoir introduit le si vanté système japonais de stock à flux tendu. On estimait que d’ici fin mars la production automobile mondiale allait être réduite de 600 000 véhicules. Les mines et usines de traitement des minerais, telles celles qui produisent 33 % de l’iode et 10 % du titane au monde, ont été gravement endommagées. La Corée du Sud et Taïwan salivent aujourd’hui devant la possibilité de grappiller des parts du Japon sur les marchés des semi-conducteurs et composants électroniques. Les ports, de Rotterdam à ceux d’Asie, s’attendent à des cargaisons retardées et moins chargées dans la période à venir.
En quatre jours après le séisme, la Banque du Japon a versé 23 000 milliards de yens dans le système bancaire pour empêcher la Bourse de s’effondrer. Les zenekon – grandes sociétés de construction aux liens étroits avec les ministères – cherchent déjà à récolter d’énormes profits grâce à la reconstruction. La bourgeoisie est déterminée à faire payer le coût de la reconstruction par la classe ouvrière. Beaucoup de travailleurs ont perdu leur emploi ou sont temporairement au chômage et luttent pour obtenir une indemnité. Le gouvernement et la puissante fédération patronale Keidanren menacent d’augmenter les impôts et de réduire les subventions aux familles pauvres ; ces plans étaient déjà à l’œuvre avant la catastrophe. Maintenant on planifie de faire adopter une législation spéciale qui permettrait au gouvernement d’acheter des terres abandonnées par des victimes de tsunamis par « paiement forfaitaire rapide avant calcul exact des indemnités ».
Les masses déplacées doivent bénéficier d’un emploi – syndiqué, au tarif syndical avec les avantages correspondants –, d’un logement, de vêtements et de tout le nécessaire. Il faut un programme massif de travaux publics pour reconstruire les maisons, services publics, usines et infrastructures. Des comités ouvriers doivent être formés pour empêcher les projets de mauvaise qualité et les mesures de réduction des coûts qui mettent des vies en danger. Ces revendications, manifestement nécessaires aujourd’hui, sont des exemples de revendications transitoires telles que formulées par Léon Trotsky dans le Programme de transition de 1938, le document fondateur de la Quatrième Internationale. Leur raison d’être est de conduire les travailleurs de leur conscience actuelle à la compréhension qu’il faut en finir avec le système capitaliste une bonne fois pour toutes.
Nous appelons à l’expropriation sans indemnité des sociétés d’eau, de gaz, d’électricité sous un gouvernement ouvrier. Au contraire, certains groupes réformistes avancent des revendications de nationalisation sous le capitalisme. Un détour historique est instructif. Au Japon, l’industrie énergétique fut placée sous contrôle direct du gouvernement à la fin des années 1930, précisément pour aider à la mobilisation pour la guerre interimpérialiste à venir, la Deuxième Guerre mondiale. Contre l’opposition féroce des propriétaires bourgeois de ce secteur, le gouvernement, qui exprimait les intérêts plus profonds de la classe capitaliste, a instauré cette mesure dans le cadre de la loi de « mobilisation générale pour l’effort de guerre ». La structure actuelle de ce secteur fut établie après la guerre.
Dans d’autres circonstances, certaines industries capitalistes en difficulté peuvent être nationalisées parce qu’elles sont jugées indispensables au fonctionnement du système tout entier ou dans le but, grâce à l’argent public, de les moderniser et de les rendre plus rentables. En Grande-Bretagne, après la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup d’entreprises en faillite furent nationalisées et leurs anciens propriétaires grassement indemnisés, alors que les travailleurs recevaient de maigres salaires et payaient des impôts élevés. Si nous nous opposons aux privatisations, qui s’accompagnent toujours d’attaques contre les syndicats, les salaires et les conditions de travail, le programme social-démocrate de nationalisations capitalistes n’a rien à voir avec la lutte pour arracher les moyens de production des mains des capitalistes par la révolution socialiste.
Aujourd’hui la réaction des syndicats souligne les contradictions au sein de ces organisations ouvrières. Les syndiqués de base ont montré un énorme élan de solidarité avec les victimes de la catastrophe, souvent accompagné d’une certaine volonté d’action indépendante. Beaucoup de syndicats collectent pour aider leurs membres et certains organisent leurs propres moyens de transport pour faire parvenir directement l’aide. En même temps le programme politique de la direction des trois centrales syndicales – Rengo, Zenrokyo et Zenroren – est de sacrifier les intérêts des travailleurs sur l’autel de l’« unité nationale » avec la bourgeoisie.
Dans cet ordre, plusieurs syndicats ont annoncé l’ajournement ou l’annulation des négociations salariales annuelles shunto. Alors que les travailleurs de Fukushima risquent leur vie en essayant de reprendre le contrôle de la centrale, leur direction syndicale renonce lâchement à toute demande d’augmentation de salaire ou d’amélioration des conditions de travail et de sécurité (Asahi Shimbun, 31 mars). Le syndicat des dockers, Zenkowan, a annulé une grève en mars, se joignant à la campagne d’« unité nationale ».
Si les groupes réformistes dénoncent régulièrement la direction droitière de Rengo, qui dans l’ensemble soutient politiquement le Parti démocrate bourgeois, ils se taisent sur la collaboration de classes que pratique la direction de Zenrokyo (lié au Parti social-démocrate) et de Zenroren (lié au PCJ). L’appel aux dons de Zenroren a été suivi par de nombreux travailleurs dans tout le pays et à l’étranger. Il est scandaleux que la direction syndicale ait remis cet argent aux gouvernements capitalistes municipaux de Miyagi, Iwate et Fukushima, autrement dit à ceux qui depuis des années couvrent les infractions à la sécurité de Tepco. En effet l’appel de Zenroren commençait en exprimant le « respect » de Zenroren pour le gouvernement qui soi-disant travaillait « nuit et jour » au problème de la catastrophe.
Il est urgent de mobiliser la classe ouvrière indépendamment de la bourgeoisie et de son Etat, notamment pour organiser rapidement une mobilisation massive des aides et leur distribution. Mais les dirigeants traîtres des syndicats, qui acceptent le cadre du capitalisme, s’opposent à cette perspective. Il n’y a pas d’intérêts communs entre d’un côté les travailleurs et opprimés, et de l’autre les capitalistes et leur gouvernement. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! La mort, la destruction et les épreuves endurées par les travailleurs japonais suite au désastre montrent clairement que le prolétariat doit prendre le pouvoir d’Etat des mains de la bourgeoisie, à l’échelle mondiale. Pour la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire ! Pour une république ouvrière au Japon, dans une Asie socialiste !
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/196/japon.html
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Pour la révolution permanente du Maghreb à l’Egypte ! Tunisie : Le dictateur s’enfuit, les protestations continuent - Pour des partis ouvriers révolutionnaires ! (Part 1) (4 février 2011)

https://archive.is/P2Nmg
Le 14 janvier 2011, le dictateur tunisien Zine el-Abidine Ben Ali fuyait son pays comme un voleur, après 23 ans de règne. Sa fuite pour l’Arabie saoudite faisait suite à plusieurs semaines de soulèvement ; celui-ci avait commencé quand une partie de la jeunesse était descendue dans la rue en réclamant du travail et en exigeant d’être traitée avec un peu de dignité par l’Etat. Parties de la ville de Sidi Bouzid, dans le centre du pays, les manifestations s’étaient rapidement étendues au pays tout entier et à de larges couches de la société tunisienne, dont la classe ouvrière. Elles s’étaient heurtées à une féroce répression policière ; même le bilan officiel fait état de plus de 100 morts au cours des cinq semaines de mobilisation, pour la plupart victimes des tirs de la police.
Dans les heures qui ont suivi la fuite de Ben Ali, Mohammed Ghannouchi, son Premier ministre depuis plus de onze ans, s’est proclamé président. Alors que les manifestations continuent, et se heurtent de plus en plus à la répression policière, la plupart des fidèles serviteurs de Ben Ali ont été démis de leurs portefeuilles ministériels – la dernière manœuvre en date pour faire cesser les manifestations tout en maintenant en place le noyau dur de l’appareil gouvernemental. Pour l’instant, Ghannouchi est à nouveau Premier ministre. A l’appel de leur syndicat, les enseignants tunisiens ont fait grève pendant deux jours le 24 et le 25 janvier, et d’autres grèves, notamment dans les transports publics, ont éclaté pour chasser les patrons ben-alistes détestés, qui ces dernières années avaient imposé des conditions de travail toujours plus draconiennes. Une vidéo qui a fait le tour du Web montre les employés de Star, la plus grande compagnie d’assurances du pays, en partie contrôlée par un groupe français, en train de chasser le président de l’entreprise.
Les Tunisiens en avaient assez du chômage, de la hausse des prix des produits alimentaires, de la corruption généralisée de Ben Ali, de sa famille et de ses comparses, et ils en avaient assez de la répression de son Etat policier ; ils ont héroïquement défié ses flics et ses hommes de main pour arracher les droits démocratiques les plus élémentaires. Sous Ben Ali, qui depuis 1987 était régulièrement réélu dans des élections grossièrement truquées, les opposants politiques étaient généralement cooptés ou écrasés. Maintenant la bourgeoisie et ses parrains impérialistes regrettent que leur despote déchu n’ait laissé aucun espace à une opposition aux « mains propres » qui aurait pu sauter en selle, ce qui a comme conséquence de prolonger l’instabilité en Tunisie et au-delà.
Les aspirations démocratiques des masses demeurent une puissante incitation à la lutte. Il est vital que le prolétariat, la seule classe qui possède à la fois la puissance sociale et l’intérêt historique pour renverser le système capitaliste, émerge de ces luttes comme la force qui entraîne derrière elle la jeunesse au chômage, les pauvres des villes, les paysans, les femmes et les autres couches opprimées qui aspirent à l’émancipation.
Les événements tumultueux dont la Tunisie est le théâtre représentent une ouverture extraordinaire pour populariser le programme marxiste pour la révolution socialiste, qui seule peut satisfaire les revendications des masses. Le soulèvement a été marqué par une mobilisation de toutes les classes sociales excepté les couches supérieures de la bourgeoisie tunisienne, dont beaucoup comptent parmi les copains de Ben Ali. Les drapeaux tunisiens sont partout. Ceci reflète une conscience nationaliste qui s’exprime aussi par des illusions largement répandues dans l’armée, dont le chef aurait refusé de tirer sur les manifestants civils et aurait, selon la rumeur, orchestré l’éviction de Ben Ali. Ce genre d’illusions est un danger mortel pour les travailleurs et les opprimés.
Le départ de Ben Ali et les luttes d’influence auxquelles se livrent différentes forces politiques ont créé un vide politique ; il manque une avant-garde ouvrière marxiste qui mette en avant le programme de la révolution permanente : la conquête du pouvoir par la classe ouvrière, qui luttera pour étendre sa victoire révolutionnaire aux centres de l’impérialisme mondial – la seule manière de briser les chaînes du despotisme politique et économique ainsi que de l’arriération sociale.
Pour un gouvernement ouvrier et paysan !
En Tunisie, comme dans d’autres pays à développement capitaliste retardataire, les acquis historiques associés aux grandes révolutions bourgeoises du XVIIe et du XVIIIe siècles en Grande-Bretagne et en France – comme la démocratie politique et l’émancipation nationale – ne pourront être obtenus aussi longtemps que la domination de la bourgeoisie perdurera. La Tunisie est un pays néocolonial dont la bourgeoisie est attachée par mille liens à l’impérialisme mondial, et en particulier à la France, l’ancienne puissance coloniale qui profite de la terrible oppression des masses tunisiennes et qui était le principal soutien du régime de Ben Ali.
La ministre des Affaires étrangères française, Michèle Alliot-Marie, est allée jusqu’à proposer d’envoyer des éléments des forces de sécurité françaises pour aider à écraser le soulèvement. (Un avion cargo chargé de grenades lacrymogènes n’a été empêché de décoller pour la Tunisie qu’après l’annonce du départ de Ben Ali.) Plus d’un millier de sociétés françaises opèrent en Tunisie, où elles possèdent le gros du secteur financier et emploient plus de 100 000 personnes. L’impérialisme américain a lui aussi joué un rôle clé dans le soutien au régime de Ben Ali. Un des documents récemment publiés par Wikileaks cite un télégramme envoyé en juillet 2009 par l’ambassadeur américain en Tunisie : « Les Etats-Unis ont besoin d’aide dans cette région pour promouvoir nos valeurs et notre politique. La Tunisie est un endroit où, le temps venu, nous pourrions en trouver. »
La subordination de la Tunisie à l’impérialisme sert à garantir l’exploitation brutale et l’oppression du peuple tunisien. Pour une libération nationale et sociale authentique, il faut mobiliser le prolétariat dans une attaque frontale contre les impérialistes et la bourgeoisie nationale, qui est l’ennemie mortelle des travailleurs et des opprimés tunisiens. De fait, alors que les manifestations se poursuivent, il y a un vrai danger que l’armée fasse un coup d’Etat pour stabiliser l’ordre bourgeois. Le 24 janvier, le général Rachid Ammar, le chef d’état-major de l’armée de terre, déclarait de façon menaçante à des manifestants que « l’armée nationale se porte garante de la révolution » (le Monde, 26 janvier). De son côté, le quotidien de droite le Figaro (18 janvier), un porte-voix du gouvernement français, menaçait ouvertement d’un coup d’Etat militaire comme prochaine étape pour sauver l’ordre bourgeois et la domination impérialiste en Tunisie : « Sauf à accepter ce gouvernement d’union nationale [avec les copains de Ben Ali] pour organiser de prochaines élections démocratiques, les Tunisiens n’ont aucun plan B pour rétablir la paix civile, sinon un recours à l’armée pour occuper le pouvoir. »
Aujourd’hui en Tunisie, un groupe de propagande marxiste même petit qui mettrait en avant une série de revendications transitoires faisant le lien entre les aspirations démocratiques des masses et la lutte pour le pouvoir prolétarien pourrait avoir un énorme impact sur la suite des événements. Cela jetterait les bases pour construire un parti révolutionnaire capable de prendre la direction du prolétariat dans la lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan qui expropriera la bourgeoisie. Il faudra forger ce parti dans la lutte non seulement contre les copains de Ben Ali mais aussi contre les « réformateurs » bourgeois en tout genre ainsi que contre les intégristes islamiques réactionnaires.
Une victoire prolétarienne en Tunisie aurait un effet galvanisant dans toute l'Afrique du Nord et dans tout le Proche-Orient, et elle serait un pont vers la révolution socialiste dans les pays capitalistes avancés, en particulier la France où résident environ 700 000 Tunisiens. Dans la Révolution permanente (1930), le dirigeant bolchévique Léon Trotsky résumait ainsi sa théorie de la révolution permanente :
« Pour les pays à développement bourgeois retardataire et, en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de libération nationale ne peut être que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes. […] « La dictature du prolétariat qui a pris le pouvoir comme force dirigeante de la révolution démocratique est inévitablement et très rapidement placée devant des tâches qui la forceront à faire des incursions profondes dans le droit de propriété bourgeois. La révolution démocratique, au cours de son développement, se transforme directement en révolution socialiste et devient ainsi une révolution permanente. […] « Par contre, dans un pays où le prolétariat arrive au pouvoir à la suite d’une révolution démocratique, le sort ultérieur de la dictature et du socialisme dépendra moins, en fin de compte, des forces productives nationales que du développement de la révolution socialiste internationale. »
La banqueroute du nationalisme tunisien
Les dirigeants tunisiens, à commencer par feu Habib Bourguiba, le premier président du pays après son accession à l’indépendance en 1956, de même que les impérialistes et la presse bourgeoise internationale, ont longtemps fait du tapage sur la Tunisie en la présentant comme une exception en Afrique du Nord du fait de son développement, de son haut niveau d’éducation et de l’égalité des chances dont les femmes étaient censées bénéficier. Mais le sort de Mohamed Bouazizi, dont l’immolation par le feu a déclenché la révolte qui a conduit au renversement de Ben Ali, illustre la triste réalité de la vie dans la Tunisie d’aujourd’hui.
Mohamed Bouazizi était devenu, à l’âge de dix ans, le principal soutien de toute sa famille en travaillant comme vendeur de légumes au marché. Il avait abandonné ses projets d’études et quitté l’école à 19 ans, sans diplôme, pour pouvoir nourrir sa famille et offrir à ses jeunes frères et sœurs une chance de rester à l’école. Ceux qui le connaissaient évoquent des années d’humiliations et de harcèlement de la part de la police locale, qui lui confisquait ses marchandises et lui infligeait des amendes sous prétexte qu’il n’avait pas de patente. Le 17 décembre, la police lui avait confisqué ses marchandises, elle avait renversé son étal et l’avait tabassé. Moins d’une heure plus tard, alors que les responsables locaux avaient refusé d’enregistrer sa plainte, il s’immolait par le feu. Sous le coup de l’indignation, des protestations éclataient à Sidi Bouzid. Mohamed Bouazizi est mort le 4 janvier.
D’innombrables Tunisiens, ainsi que d’autres Maghrébins, principalement des jeunes, sont morts parce qu’ils avaient tenté le dangereux voyage en bateau vers les côtes de l’Italie et du reste de l’Europe, en quête d’un travail – avec à l’arrivée la perspective d’une exploitation impitoyable et de l’oppression raciste, sous la menace constante de l’expulsion. Et même cette route se ferme de plus en plus hermétiquement à mesure que les impérialistes européens restreignent l’immigration. D’après Sami Aouadi, un dirigeant de l’UGTT, la fédération syndicale tunisienne, il y a aujourd’hui au moins 200 000 diplômés de l’enseignement supérieur au chômage en Tunisie – ce qui représente 27 % de tous les chômeurs dans ce pays d’environ dix millions d’habitants.
L’économie tunisienne repose sur l’agriculture et les industries agro-alimentaires, un peu de pétrole, les mines de phosphate de la région de Gafsa, le tourisme et un certain nombre d’industries. Le textile, avec une main-d’œuvre majoritairement féminine, représente près de la moitié du secteur manufacturier, lequel – avec notamment des usines de pièces détachées travaillant pour l’industrie automobile ou aéronautique et contrôlées par des capitaux français – pèse environ un cinquième du PIB de la Tunisie. Il y a aussi un secteur des services de plus en plus important, avec un certain nombre de sociétés étrangères, en particulier des opérateurs de télécommunications français qui ont délocalisé leurs centres d’appel en Tunisie. Les salaires des ouvriers tunisiens sont huit fois plus faibles qu’en Europe de l’Ouest.
Bien que la Tunisie ne soit pas un pays fortement industrialisé, elle possède un mouvement syndical significatif – l’UGTT dit représenter environ 600 000 ouvriers d’industrie. L’UGTT a une histoire très particulière en Afrique du Nord, du fait qu’elle n’est pas totalement inféodée au gouvernement nationaliste bourgeois. Elle a engagé des actions de lutte de classe et s’est aussi livrée à une profonde collaboration de classes avec les nationalistes au pouvoir. Ben Ali avait apparemment mis au pas l’UGTT après de nombreuses années de répression, et ces dernières années les principaux dirigeants de la fédération syndicale étaient aussi membres de la direction du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de Ben Ali. Les dirigeants de l’UGTT avaient appelé à voter pour Ben Ali en 1999, en 2004 et à nouveau en 2009, à une époque où la population retouchait de façon sarcastique les affiches électorales de la campagne « Ben Ali 2009 » en « Ben Ali 2080 » et « Ben Ali 2500 ».
Le 28 décembre, l’UGTT avait réclamé la libération des personnes emprisonnées après les manifestations à Sidi Bouzid et ailleurs. Toutefois, elle insistait que c’était « dans le but de contribuer à l’élaboration de propositions constructives en vue d’apaiser la situation dans cette région et de circonscrire ses retombées ». Sous la pression de sa base, et alors que les manifestations prenaient de l’ampleur, les communiqués de l’UGTT devenaient de plus en plus hostiles au gouvernement ; finalement, elle autorisait ses unions régionales à appeler à des grèves générales locales le 14 janvier, le jour de la fuite de Ben Ali.
La direction de l’UGTT s’est alors précipitée dans le « nouveau » gouvernement, dont les postes clés, y compris l’Intérieur, demeuraient aux mains des sbires de Ben Ali. Une fois encore, c’est seulement sous la pression des manifestations de masse contre le « gouvernement de transition » bidon que les ministres de l’UGTT ont donné leur démission, en expliquant qu’ils restaient prêts à participer au gouvernement capitaliste à condition que le Premier ministre Ghannouchi soit le seul comparse de Ben Ali qui y siège. Comme l’expliquait en termes choisis Jilani Hammami, un dirigeant de l’UGTT, la centrale syndicale « a été le théâtre de débats houleux, opposant une direction liée au régime et des fédérations et des unions régionales qui ont appuyé le soulèvement populaire » (l’Humanité, 20 janvier). Récemment encore, l’UGTT a donné son aval au « gouvernement intérimaire » remanié dans le but (pas encore atteint à ce jour) d’étouffer les manifestations.
La révolte de Gafsa en 2008 : un précurseur
Le rôle contradictoire joué par les syndicats, ainsi que les divisions entre la base et la direction de ces syndicats, étaient aussi apparents lors de la révolte de Gafsa en 2008. Cette révolte a été un précurseur du soulèvement social actuel ; c’était jusque-là la mobilisation la plus significative qu’ait connue la Tunisie depuis la révolte du pain en 1984, qui avait éclaté après que Bourguiba avait décrété, sous les ordres du FMI, une hausse de 100 % du prix du pain.
La région de Gafsa, où se trouvent des mines de phosphate, est particulièrement touchée par le chômage. La CPG (Compagnie des phosphates de Gafsa), contrôlée par le gouvernement, est le principal employeur de la région. En 30 ans, elle a réduit ses effectifs de 14 000 à moins de 5 000 employés. Un soulèvement populaire a éclaté en janvier 2008 quand la compagnie minière a rendu publique une liste de personnes à embaucher qui favorisait les individus loyaux au gouvernement et à la direction régionale de l’UGTT. Comme la compagnie avait pour politique de ne pas remplacer les employés partant à la retraite, c’était la première occasion d’embauche depuis six ans ; du coup, les attentes étaient particulièrement fortes.
Pendant plusieurs mois, les ouvriers, les femmes et les jeunes au chômage de la région minière manifestèrent. Leurs banderoles réclamaient « Du travail, la liberté et la dignité nationale », « Nous voulons des emplois, non aux promesses et aux illusions » et « Non à la corruption et à l’opportunisme ». En juin 2008 s’abattait la répression. Il y eut deux morts, qui s’ajoutaient à une autre personne tuée le mois précédent, des dizaines de blessés et de nombreuses arrestations. En novembre 2009, la plupart des prisonniers furent relâchés suite à une grâce présidentielle décidée par un régime Ben Ali de plus en plus instable, même si les condamnations étaient maintenues et les personnes relâchées soumises à un contrôle policier régulier. Fahem Boukadous, un journaliste qui avait couvert la révolte de Gafsa, a toutefois été condamné l’an dernier à quatre ans de prison et n’a été libéré que le 19 janvier. Le mouvement ouvrier, en Tunisie et au niveau international, doit exiger la libération immédiate de tous les combattants héroïques du soulèvement de Gafsa et de toutes les autres victimes de la répression bonapartiste !
Les militants locaux de l’UGTT ont joué un rôle clé dans la lutte de Gafsa, en particulier dans la ville de Redeyef. Mais les directions nationale et régionale ont dénoncé les protestations et ont même suspendu un des syndicalistes qui les dirigeaient – Adnane Hajji, un enseignant qui fut par la suite condamné à plus de dix ans de prison. Alors que sur le papier l’UGTT est contre le travail temporaire, l’homme fort local du syndicat, Amara Abbassi, également membre du comité central du RCD et député au parlement, a créé une société d’intérim pour fournir de la main-d’œuvre temporaire aux mines. Il a aussi créé d’autres sociétés d’intérim pour des travaux de maintenance, s’enrichissant, lui et sa famille, sur le dos des ouvriers surexploités. Dans le cadre du combat pour forger un parti ouvrier marxiste en Tunisie, il est vital de lutter pour remplacer la direction réformiste de l’UGTT par une direction lutte de classe attachée à défendre l’indépendance des syndicats vis-à-vis de la bourgeoisie et de son Etat.
Pour une assemblée constituante révolutionnaire !
Dans la lutte pour le pouvoir ouvrier, il serait impossible à un parti marxiste en Tunisie de simplement rejeter le programme démocratique bourgeois. Au contraire, comme l’expliquait Trotsky en 1938 dans le Programme de transition, le document fondateur de la Quatrième Internationale, « il faut que les masses elles-mêmes dépassent ce programme dans la lutte ». Les masses laborieuses tunisiennes doivent aujourd’hui supporter un « gouvernement de transition » dirigé par un copain de Ben Ali et les élections sont reportées de six mois, afin de permettre au régime bourgeois qui se met en place de consolider son pouvoir.
C’est pourquoi, contre les manœuvres de la bourgeoisie tunisienne et de ses laquais de l’UGTT, nous appelons à des élections immédiates pour convoquer une assemblée constituante révolutionnaire, ce qui permettrait à la volonté de la population de s’exprimer librement après des décennies de silence sous la botte de Bourguiba et de Ben Ali. Cette revendication démocratique élémentaire ne sera pas satisfaite au moyen de marchandages parlementaires, mais seulement par une insurrection populaire victorieuse.
En appelant à une assemblée constituante révolutionnaire, nous nous opposons aux réformistes qui appellent à une assemblée constituante avec en réalité en vue un marchandage parlementaire avec les autorités bourgeoises, dans l’espoir (illusoire) d’obtenir une forme démocratique de la domination bourgeoise. Le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), un groupe d’origine stalinienne qui a joué un rôle combatif dans le soulèvement de Gafsa, se distingue par ses dénonciations sans détour des combinaisons gouvernementales concoctées après la fuite de Ben Ali. Son porte-parole Hamma Hammami déclarait dans une interview à l’Humanité, le quotidien du Parti communiste français (17 janvier), que l’objectif du gouvernement provisoire était « de faire avorter le mouvement démocratique et populaire », et il ajoutait : « On ne demande pas l’impossible. Seulement la mise en place d’un gouvernement transitoire qui forme une assemblée constituante afin d’élaborer une constitution qui garantisse les droits fondamentaux, la liberté d’expression, d’association et de la presse […]. » Autrement dit, le PCOT, y compris quand il appelle à une assemblée constituante, veut simplement un gouvernement capitaliste, mais sans ceux qui ont un passé de collaboration avec Ben Ali.
Notre appel à une assemblée constituante révolutionnaire doit être un pont entre les aspirations démocratiques actuelles légitimes des masses et la nécessité de la dictature du prolétariat, qui sera basée sur des soviets (conseils ouvriers), c'est-à-dire la démocratie prolétarienne, une forme plus élevée de démocratie qu'une assemblée constituante démocratique bourgeoise. Comme Trotsky le soulignait dans le Programme de transition, « les mots d'ordre démocratiques, les revendications transitoires et les tâches de la révolution socialiste ne sont pas séparés en époques historiques distinctes, mais découlent immédiatement les uns des autres ». Il ajoutait :
« A une certaine étape de la mobilisation des masses sur les mots d’ordre de la démocratie révolutionnaire, les soviets peuvent et doivent surgir. Leur rôle historique dans chaque période donnée, en particulier leurs rapports avec l’assemblée nationale, est déterminé par le niveau politique du prolétariat, par la liaison entre celui-ci et la classe paysanne, et par le caractère de la politique du parti prolétarien. Tôt ou tard, les soviets doivent renverser la démocratie bourgeoise. Eux seuls sont capables de mener la révolution démocratique jusqu’au bout et d’ouvrir ainsi l’ère de la révolution socialiste. »
La classe ouvrière a besoin de ses propres organes de pouvoir
Dans des périodes de lutte de classe exacerbée, les syndicats, qui organisent habituellement les couches supérieures du prolétariat, deviennent trop étroits pour attirer les larges couches des masses en révolte, y compris les ouvriers non syndiqués. En même temps, les dirigeants bureaucrates traîtres des syndicats s’efforcent de garder le contrôle de la situation afin de faire capoter la lutte. Un parti marxiste aujourd’hui en Tunisie mettrait en avant la perspective de construire des organisations qui rassemblent toutes les masses en lutte : comités de grève, comités d’usine et, finalement, soviets.
Trotsky insistait sur le fait que les soviets ne peuvent apparaître qu’au moment où le mouvement des masses entre dans une phase ouvertement révolutionnaire. Les soviets étaient initialement apparus pendant la Révolution russe de 1905 sous la forme de comités de grève ouvriers. Quand les soviets firent leur réapparition au cours de la Révolution russe de 1917, ils incluaient non seulement des ouvriers mais aussi des soldats et la paysannerie, devenant ainsi des organes de double pouvoir. Sous la direction du Parti bolchévique, la classe ouvrière prit le pouvoir en Russie, les soviets devenant les organes du pouvoir ouvrier.
http://www.icl-fi.org/francais/suppl/tunisie.html
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Vague de grèves combatives en Chine - Pour une direction lutte de classe ! Défense de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé ! Pour une révolution politique prolétarienne ! (Septembre 2010)

https://archive.is/QXeTI
Le Bolchévik nº 193 (Septembre 2010)
La vague de grèves pour une augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail qui a balayé la Chine ces dernières semaines doit être soutenue par tous les travailleurs conscients du monde. Les grèves ont commencé le 17 mai dans une usine de boîtes de vitesse Honda à Foshan, dans la province méridionale du Guangdong, que les ouvriers ont arrêtée pendant près de trois semaines. Avec l’arrêt des livraisons de pièces fabriquées par cette usine, la production s’est arrêtée sur toutes les chaînes de montage de Honda en Chine.
Après que les ouvriers eurent obtenu des augmentations de salaires d’environ 30 %, les grèves se sont étendues à d’autres usines dans le Guangdong, une région qui se développe à une vitesse accélérée, et au-delà. La plupart ont eu lieu dans des usines appartenant à des sociétés étrangères, notamment des constructeurs automobiles japonais. Les ouvriers ont aussi fait grève dans plusieurs usines appartenant à des sociétés taïwanaises, dont une usine d’articles en caoutchouc près de Shanghai, où une cinquantaine de personnes ont été blessées dans des affrontements avec la police, ainsi que sur des sites appartenant à des capitalistes chinois.
Les capitalistes étrangers et locaux qui opèrent en Chine ont amassé d’énormes profits par l’exploitation d’une force de travail en grande partie composée de travailleurs migrants originaires des campagnes. Beaucoup d’ouvriers sont obligés de travailler 60 à 70 heures par semaine pour des salaires à peine au-dessus du minimum vital. Les conditions qu’ils endurent ont été étalées au grand jour avec la vague de suicides, largement médiatisée, dans l’immense usine d’électronique Foxconn à Shenzhen, également dans le Guangdong. Au moins dix ouvriers se sont donné la mort cette année dans ce complexe industriel appartenant à des Taïwanais, où 300 000 ouvriers font de longues journées de travail, sous une discipline sévère, assemblant des ordinateurs et des téléphones portables pour Apple, Dell, Sony et d’autres grandes entreprises américaines et japonaises. En même temps, l’énorme concentration de travailleurs chez Foxconn montre l’immense puissance potentielle de la classe ouvrière chinoise.
Avec le développement économique considérable qu’elle a connu depuis plusieurs décennies, la Chine possède de loin la classe ouvrière industrielle la plus nombreuse du monde. Les luttes ouvrières menées dans ce pays ont donc une importance majeure. En résultat de la Révolution de 1949, le capitalisme a été renversé en Chine, et une économie collectivisée a été mise en place. Bien que déformé depuis le début par le régime de la bureaucratie du Parti communiste chinois (PCC) stalinien, ce renversement révolutionnaire était une immense victoire pour les travailleurs du monde entier. Malgré les empiétements capitalistes dus aux « réformes de marché » du régime du PCC, le cœur de l’économie est toujours basé sur la propriété nationalisée (voir « Les réformes de marché en Chine », le Bolchévik n° 177, septembre 2006).
Contrairement aux grands pays capitalistes, embourbés dans une profonde récession, avec des dizaines de millions d’emplois supprimés, l’économie chinoise a continué à se développer ces deux dernières années, même si le secteur de son économie tourné vers l’exportation a été assez secoué par la crise mondiale. C’est sa capacité à canaliser les ressources dans le secteur collectivisé qui a empêché la Chine d’être entraînée dans une crise économique profonde, du type de celles qui sont inhérentes au système capitaliste de production pour le profit. L’économie chinoise est à nouveau en train de se développer rapidement, ce qui produit une importante pénurie de main-d’œuvre. Les investissements de l’Etat dans les villes de l’intérieur de la Chine ont absorbé la plus grande partie de la main-d’œuvre qui migrait vers les usines des zones côtières de l’est.
Les grandes puissances impérialistes – Etats-Unis, Japon, Allemagne, etc. – sont toujours déterminées à restaurer le capitalisme et à ouvrir entièrement la Chine à l’exploitation capitaliste. De même que les travailleurs des pays capitalistes doivent défendre leurs syndicats contre les patrons malgré leurs directions traîtres, ils doivent défendre la Chine contre la contre-révolution capitaliste malgré le régime bureaucratique répressif et ses nombreuses concessions au capitalisme.
En mettant des travailleurs migrants sous-payés à la disposition des sociétés étrangères pour qu’elles les exploitent, la bureaucratie du PCC joue en fait le rôle de pourvoyeur de main-d’œuvre pour les impérialistes et les capitalistes chinois de l’extérieur. Il y a maintenant dans la bureaucratie elle-même un certain nombre d’éléments qui ont des liens, de parenté ou autres, avec des chefs d’entreprise capitalistes ; il y a plusieurs années, l’Assemblée nationale populaire, qui ne fait qu’entériner les décisions d’en haut, a voté une loi qui renforçait les droits de propriété des personnes et sociétés. Mais la base matérielle sur laquelle repose la bureaucratie n’en continue pas moins d’être la propriété collectivisée, dont elle tire son pouvoir et ses privilèges.
La classe ouvrière chinoise doit balayer la bureaucratie stalinienne parasitaire qui, à l’intérieur, a gravement affaibli le système de propriété nationalisée tout en conciliant l’impérialisme au niveau international. Il faut une révolution politique prolétarienne pour défendre et étendre les acquis de l’Etat ouvrier et mettre le pouvoir directement entre les mains de conseils ouvriers et paysans élus. Cela pourrait donner une impulsion à la révolution socialiste prolétarienne dans toute l’Asie capitaliste, y compris dans le bastion industriel qu’est le Japon, et dans le reste du monde. L’émergence d’une Chine dirigée par des conseils ouvriers et paysans inciterait aussi les travailleurs de Taïwan à renverser leur bourgeoisie, ce qui conduirait à la réunification révolutionnaire de la Chine.
La poudrière chinoise
Confronté à un mécontentement grandissant à la base de la société, le régime du PCC de Hu Jintao a freiné certaines mesures de « libre marché » au nom de la construction d’une « société harmonieuse ». Les bureaucrates du PCC multiplient les discours « pro-ouvriers », et les autorités de nombreuses provinces et grandes villes se sont senties obligées d’augmenter substantiellement le salaire minimum. Le régime bureaucratique du PCC ne défend les acquis incarnés dans l’Etat ouvrier déformé chinois que dans la mesure où il craint la classe ouvrière.
De façon inhabituelle, les dirigeants du PCC ont au début autorisé une abondante couverture médiatique des grèves, en particulier dans les usines appartenant à des sociétés japonaises. Ceci s’est accompagné d’une franchise tout aussi inhabituelle sur les inégalités sociales croissantes en Chine. Le China Daily (13 mai), citant un dirigeant de la Fédération panchinoise des syndicats (ACFTU), rapportait que la part du produit intérieur brut allant aux salaires des travailleurs était passée de 57 % en 1983 à 37 % en 2005. Un éditorial de Global Times (2 juin), journal dérivé du China Daily, écrivait :
« Il faut reconnaître qu’après trois décennies d’ouverture les travailleurs ordinaires font partie de ceux qui ont reçu la plus petite part de la prospérité économique […]. L’arrêt temporaire de la production dans les quatre usines Honda, à un moment de demande accrue du marché pour les automobiles de marques japonaises, souligne le besoin de protection organisée des travailleurs dans les usines chinoises. »
S’inquiétant sans doute de l’extension des grèves, la bureaucratie a depuis sévèrement restreint la couverture médiatique.
La plupart des dirigeants des grèves se trouvent être de jeunes travailleurs migrants, y compris notamment des ouvrières. Ils ont fait preuve d’une combativité et de talents d’organisation impressionnants, y compris en utilisant Internet et les SMS pour rassembler les travailleurs et suivre ce qui se passait à d’autres endroits. Détail révélateur, les ouvriers de Foshan et d’une autre usine Honda à Zhongshan ont décidé d’élire leurs propres délégués et comités de négociation indépendamment de l’ACFTU, la fédération syndicale officielle associée au PCC au pouvoir. Dans de nombreux cas, les bureaucrates de l’ACFTU ont collaboré ouvertement avec le patronat pour tenter d’obliger les ouvriers à reprendre le travail. Le 31 mai, des nervis envoyés par la bureaucratie syndicale ont physiquement attaqué les grévistes de Honda Foshan, faisant plusieurs blessés. Le lendemain, ces mêmes bureaucrates de l’ACFTU ont publié des excuses publiques, essayant en même temps de minimiser leur rôle dans cette agression.
Parmi les revendications avancées par les grévistes de Foshan figurait « une réorganisation du syndicat local ; des réélections doivent être organisées pour désigner le secrétaire général et les autres représentants ». Les grévistes de Zhongshan ont manifesté le 11 juin en exigeant de façon similaire le droit de choisir leurs propres délégués syndicaux. Même si les staliniens au gouvernement ont supprimé de la Constitution chinoise le droit de grève en 1982, plusieurs réformes du droit du travail en 2008 ont fait qu’il est plus facile aux travailleurs de s’organiser pour défendre leurs intérêts. Beaucoup de grévistes ont franchement dit aux journalistes qu’ils pensaient avoir le droit de se mettre en grève, en faisant référence aux réformes juridiques.
Une lettre ouverte publiée au nom du comité de négociation des grévistes de Foshan par Li Xiaojuan, une jeune ouvrière, déclarait :
« Nous devons maintenir un niveau d’unité élevé et ne pas nous laisser diviser par les représentants du capital […]. Les profits de l’usine sont le produit de notre dur labeur […]. Cette lutte ne concerne pas seulement les intérêts de nos 1 800 ouvriers. Nous nous préoccupons aussi des droits et des intérêts de tous les travailleurs chinois. »
– cité par le Financial Times (Londres), 10 juin
Il faut aux travailleurs chinois une direction lutte de classe afin de faire avancer la lutte pour arracher autant de concessions que possible des entreprises capitalistes qui les exploitent, pour combattre les ravages de l’inflation et améliorer leurs conditions de travail et de vie. Les travailleurs de l’industrie d’Etat ont aussi besoin d’une direction du même type pour protéger et améliorer leur niveau de vie et pour combattre les abus bureaucratiques. Dans le cadre de la lutte pour remplacer le régime parasitaire du PCC par des conseils ouvriers et paysans, il faut construire des syndicats libérés du contrôle bureaucratique. Même dans un Etat ouvrier avec une authentique démocratie ouvrière, des syndicats sont nécessaires pour se protéger contre de possibles empiétements et abus, et pour contribuer à la planification de la production et des méthodes de travail. Sur la question des syndicats dans le jeune Etat ouvrier soviétique, Lénine insistait que les communistes devaient lutter pour la direction des syndicats, sur la base de leur programme et de leur expérience au service de l’Etat ouvrier. Ils devaient être choisis par les ouvriers et non nommés par l’Etat.
La lutte pour des syndicats libérés du contrôle bureaucratique doit avoir pour point de départ la défense des acquis sociaux de la Révolution de 1949, contre l’impérialisme et la restauration capitaliste. C’est particulièrement important vu les manœuvres de forces procapitalistes comme le China Labour Bulletin (CLB), basé à Hongkong, qui réclame une « démocratie » à l’occidentale, autrement dit le pouvoir des exploiteurs capitalistes avec une façade parlementaire. Autrefois partisan de « syndicats indépendants », le CLB appelle maintenant à travailler à l’intérieur de l’ACFTU pour l’arracher au contrôle du PCC. Le CLB a beau chercher à se faire passer pour une organisation ouvrière, il s’agit d’un groupe contre-révolutionnaire qui a des liens directs avec l’impérialisme US. Son dirigeant, Han Dongfang, est également vice-président du World Movement for Democracy [Mouvement mondial pour la démocratie], une officine fondée et contrôlée par le National Endowment for Democracy [Fondation nationale pour la démocratie], une succursale notoire de la CIA.
Dans leur couverture de la grève, les médias bourgeois occidentaux évoquent le spectre de Solidarność, le « syndicat » anticommuniste polonais qui fut le fer de lance de la contre-révolution capitaliste en Europe de l’Est et en Union soviétique dans les années 1980. La ligne des médias, explicitement ou implicitement, c’est que les ouvriers chinois doivent faire grève contre le régime du Parti communiste et se prononcer pour le « libre marché ». De son côté, le régime du PCC évoque également le spectre de Solidarność, en prétendant (ce qui est faux) que toute opposition organisée à son pouvoir ne peut qu’être procapitaliste et contre-révolutionnaire. Dans un article publié dans le Wall Street Journal du 14 juin, Willy Lam, enseignant à l’Université chinoise de Hongkong, écrivait : « Dans les discussions à huis clos sur la situation dans le monde du travail, Mr Hu et d’autres membres du Politburo ont mentionné les mises en garde de feu le patriarche Deng Xiaoping sur la façon dont le mouvement polonais Solidarité a sapé les partis communistes dans tout l’ex-bloc de l’Est. »
Contrairement à la plupart de ceux qui, dans le monde entier, se réclamaient du socialisme, la Ligue communiste internationale (quatrième-internationaliste) s’est à l’époque opposée à Solidarność et a combattu jusqu’au bout la contre-révolution en Europe de l’Est et en Union soviétique. Mais ce qui se passe en Chine aujourd’hui n’est pas un phénomène de type Solidarność. L’émergence de Solidarność comme mouvement contre-révolutionnaire avait été déterminée par des facteurs qui n’ont pas de pendant en Chine, notamment l’enracinement profond de l’Eglise catholique en Pologne et le rôle du nationalisme polonais, qui était dirigé contre l’Union soviétique. De plus, les grèves actuelles en Chine protestent contre l’exploitation brutale dans de grandes entreprises capitalistes privées, ce qui n’existait pas en Pologne vers 1980. Il faut combattre vigoureusement toute illusion dans la « démocratie » capitaliste parmi les ouvriers chinois. Mais il n’y a aucune raison de penser que ce qui se développe aujourd’hui en Chine est un mouvement de masse procapitaliste.
Pour un gouvernement des conseils ouvriers et paysans !
Les grèves menées par des ouvriers migrants, qui sont dans l’intérêt de tous les travailleurs chinois, soulignent le besoin qu’il y a d’abolir le hukou, un système discriminatoire d’enregistrement des ménages mis en place par le régime du PCC. Ce système impose de sévères restrictions au droit d’habiter en ville, à l’éducation et aux soins médicaux pour les migrants originaires des campagnes et leurs enfants, ce qui rend leur existence en ville transitoire et précaire. Les emplois dans les entreprises d’Etat et les avantages sociaux qui les accompagnent restent largement réservés aux travailleurs qui ont un hukou urbain.
Le statut précaire des travailleurs migrants est une aubaine pour les exploiteurs capitalistes du secteur possédé par les étrangers ; ils y ont trouvé un réservoir idéal de main-d’œuvre qui peut être exploitée pour de très bas salaires. Beaucoup de jeunes ouvriers qui travaillent maintenant dans les usines ont grandi dans les villes avec leurs parents migrants, et pourtant ils ne sont pas non plus considérés comme résidents des villes à cause des restrictions scandaleuses du hukou bureaucratique. Les travailleurs migrants doivent avoir les mêmes droits et le même accès aux prestations sociales que les résidents urbains légalement reconnus !
Un gouvernement de conseils ouvriers et paysans élus représenterait tous les secteurs du prolétariat et des travailleurs ruraux. Les questions cruciales auxquelles l’Etat ouvrier est confronté ne pourront être résolues avec succès que quand ceux qui travaillent décideront. Dans la Révolution trahie (1936), une critique impitoyable de la bureaucratie stalinienne soviétique, Léon Trotsky expliquait : « Il ne s’agit pas de remplacer une coterie dirigeante par une autre, mais de changer les méthodes mêmes de la direction économique et culturelle. L’arbitraire bureaucratique devra céder la place à la démocratie soviétique. »
La politique pro-marché de la bureaucratie du PCC a renforcé les forces de la contre-révolution à l’intérieur de la Chine. En même temps, la puissance sociale de la classe ouvrière industrielle a considérablement augmenté du fait du développement économique. L’intégration d’au moins 150 millions de travailleurs migrants des campagnes dans l’économie urbaine chinoise est un facteur d’une importance potentielle énorme. Il faut un parti léniniste-trotskyste pour montrer la voie prolétarienne et internationaliste. Comme nous l’écrivions dans « Les ouvrières et les contradictions de la Chine contemporaine » (Spartacist édition française n° 39, été 2009) :
« Tôt ou tard, sans doute lorsque des éléments bourgeois à l’intérieur de la bureaucratie et dans sa périphérie décideront de se débarrasser du pouvoir politique du PCC, les tensions sociales grandissantes en Chine feront voler en éclats les structures politiques de la caste bureaucratique. Le jour où cela se produira, le destin de la Chine se jouera. Soit les ouvriers balayeront du pouvoir l’élite parasitaire par une révolution politique prolétarienne, en défendant et cherchant à étendre les acquis de la Révolution de 1949 pour faire de la Chine un bastion de la lutte pour le socialisme mondial, soit la contre-révolution capitaliste triomphera, ramenant avec elle les ravages de la domination impérialiste et de l’exploitation. »
Un gouvernement ouvrier et paysan révolutionnaire mettra un terme à l’arbitraire et à la corruption bureaucratiques. Il expropriera la nouvelle classe d’entrepreneurs capitalistes à l’intérieur du pays et renégociera les conditions des investissements étrangers conformément aux intérêts des travailleurs. Il créera une économie centralisée et planifiée dans les conditions de la démocratie ouvrière – et non du dirigisme bureaucratique et autarcique des années Mao. Luttant pour assurer au moins un niveau économique de base pour toute la population, une direction véritablement communiste sera consciente du fait que pour assurer à tous la prospérité matérielle, il faudra lutter pour la révolution socialiste dans les centres du monde capitaliste. La bureaucratie nationaliste du PCC s’oppose avec véhémence à cette perspective ; sa politique dérive du dogme stalinien de « construire le socialisme dans un seul pays ». Le fait que les ouvriers chinois des zones capitalistes soient exploités par des entreprises dont certaines exploitent aussi des travailleurs au Japon, aux Etats-Unis et ailleurs crée la possibilité d’une solidarité internationale, et démontre l’intérêt commun des travailleurs à lutter pour un monde socialiste.
La préservation et le développement des acquis révolutionnaires de la Chine et la modernisation générale de la société dans l’intérêt des masses travailleuses nécessitent une économie socialiste planifiée à l’échelle internationale, ce qui ouvrira la voie à un avenir communiste. C’est l’objectif de la Ligue communiste internationale, qui se bat pour reforger la Quatrième Internationale de Trotsky, parti mondial de la révolution prolétarienne.
— Traduit de Workers Vanguard n° 961, 2 juillet
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/193/chine.html
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Pour une défense lutte de classe des bagagistes de Roissy ! A bas la campagne sécuritaire raciste du gouvernement ! (2006)

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Le Bolchévik nº 178 Décembre 2006
Buffet Royal en 2007 : austérité anti-ouvrière et terreur raciste encore une fois au menu
La chasse aux sorcières raciste de l’Etat contre 72 travailleurs, musulmans pour la plupart, à l’aéroport de Roissy, et les conditions de travail intenables imposées aux dizaines de milliers de travailleurs de l’aéroport, en disent long sur les causes de la révolte de la jeunesse des banlieues il y a un an. Cette explosion de rage de jeunes d’origine ouvrière et largement issus de l’immigration maghrébine et africaine, avait été déclenchée par la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois, morts électrocutés alors qu’ils essayaient d’échapper à une rafle raciste de la police. Ces deux jeunes avaient immédiatement été dénoncés par l’Etat comme de soi-disant délinquants et menteurs. Et ça continue : fin novembre la « justice » a annoncé que les flics responsables ne seraient pas poursuivis, et le rapport de l’IGS sur la chasse à l’homme qui avait eu lieu ce jour-là contre Zyed, Bouna, Muhittin et leurs amis, qualifie le comportement des flics comme simplement « d’une légèreté et d’une distraction surprenantes ». Pendant ce temps c’est Muhittin Altun, âgé de 18 ans, le seul survivant, qui est persécuté par la vendetta de l’Etat ; il est passible d’une peine de prison pour avoir soi-disant jeté des pierres contre une voiture de police et pour « participation avec armes à un attroupement ». Nous disons : Il n’y a pas de justice dans les tribunaux capitalistes ! Levée des inculpations contre Muhittin Altun ! Amnistie pour tous les jeunes condamnés suite à la révolte des banlieues ! La classe ouvrière multiethnique de ce pays doit défendre les jeunes de banlieue !
Les travailleurs de Roissy sont recrutés en fait dans les mêmes banlieues du Nord de Paris que celle où Zyed et Bouna ont grandi ; le frère de Bouna, Siyak Traoré, travaille à l’aéroport. Un an plus tard les conditions matérielles qui ont contribué à alimenter cette explosion – manque d’emplois, transports et système de santé défectueux, classes surchargées dans les écoles, répression quotidienne par l’Etat – rien n’a changé. En fait, à la veille des élections de 2007, la guerre contre les jeunes des minorités ethniques, désignés comme le bouc émissaire de tous les maux de la société, se déchaîne de plus en plus ; c’est à qui, de la gauche ou de la droite, battra l’autre sur le terrain de l’« ordre républicain ». Lors de l’occupation policière des cités il y a un an, nous avions dénoncé en particulier le rôle de la gauche pour son soutien à la répression, quand le PCF, le PS et LO avaient tous appelé à « rétablir l’ordre » contre les jeunes de banlieue en pleine révolte. (LO est ensuite revenue en arrière, mais ils ont décrit leur appel simplement comme « une ânerie bien sûr, mais mineure » de leur part – voir notre article sur LO page 7.) Cette trahison, et le refus de la bureaucratie syndicale de mobiliser sa base au côté des jeunes de banlieue, a encouragé l’Etat à poursuivre sa répression raciste. Nous écrivions (le Bolchévik n°174, décembre 2005) :
« L’oppression raciste et la stigmatisation des jeunes des banlieues par la bourgeoisie visent à diviser la classe ouvrière et à l’affaiblir dans son ensemble, à un moment où le gouvernement redouble les attaques et les mesures de répression contre le prolétariat en général. Une attaque contre un est une attaque contre tous ! »
Les 72 bagagistes de l’aéroport de Roissy sont visés aujourd’hui comme des « terroristes » potentiels pour les mêmes raisons – pour essayer de diviser selon des lignes raciales et affaiblir la puissance potentielle des 80 000 travailleurs de l’aéroport. Pas un seul des 72 bagagistes qui se sont vu retirer leur badge n’a jamais été accusé ou condamné pour aucun crime. D’après le sous-préfet Jacques Lebrot, on leur a retiré leur badge (qui donne accès à la zone réservée de l’aéroport où travaillent 60 000 personnes) sur la base qu’ils représentaient un risque potentiel pour les passagers. Il a déclaré qu’ils « sont liés à des mouvances fondamentalistes à visée terroriste » qui rejettent « la France et nos valeurs ». « Pour nous, quelqu’un qui va passer des vacances plusieurs fois au Pakistan, cela nous pose des questions », a déclaré Lebrot (le Monde, 21 octobre) ; Lebrot a retiré son badge à un travailleur qui avait participé avec son père à un voyage organisé Fram, « circuit au pays des maharajas », qui l’avait emmené au Pakistan, en Inde et au Bangladesh. Lebrot n’a pas fourni la moindre preuve pour étayer ses déclarations, et en fait il a exigé que ce soit les bagagistes persécutés qui fournissent la preuve qu’ils ne présentent aucun risque pour les passagers !
Cette attaque n’a rien à voir avec la lutte contre le « terrorisme » (les principaux architectes du terrorisme sont à l’Elysée et dans les ministères), ni avec la « protection » de la population ; mais elle a tout à voir avec l’arsenal croissant à la disposition de l’Etat pour écraser toute opposition et détruire les libertés. Nous nous opposons à la campagne d’« unité nationale » contre le terrorisme qui a pour but de renforcer l’Etat capitaliste raciste français.
Sarkozy a salué la chasse aux sorcières en déclarant : « Moi, je ne peux pas accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire » (le Monde, 21 octobre). Il fait ainsi l’amalgame entre « terroristes » et travailleurs ordinaires qui se défendent ainsi que leurs collègues, et qui se battent pour la sécurité contre les patrons assoiffés de profits sur l’aéroport. Ce n’est pas un hasard que parmi les 72 de Roissy il y a des militants syndicaux qui, face à des conditions de travail qui se détériorent, se syndiquent et revendiquent. Didier Frassin, le secrétaire de l’union locale CGT de Roissy, disait, en parlant de l’intérêt croissant pour les syndicats manifesté par de nombreux jeunes recrutés dans les banlieues voisines : « Leur arrivée a contribué à renouveler le syndicat, qui ne cesse de progresser. Les directions ne s’y attendaient probablement pas. » Un autre délégué CGT chez Air France, Moustafa, ajoutait : « Ils nous ont embauchés, on s’est retrouvés délégués. On dénonce les conditions de travail, on milite, alors ils veulent nous briser en retirant les badges » (l’Humanité, 27 octobre).
Exactement. Ce que craint la bourgeoisie, c’est la force croissante de la classe ouvrière organisée multiethnique de l’aéroport ; c’est cela qui est derrière cette chasse aux sorcières. La bourgeoisie et les travailleurs ont des intérêts fondamentalement opposés et antagoniques. Le capitalisme est basé sur l’exploitation des travailleurs par les capitalistes. Il est impossible de le faire fonctionner dans l’intérêt des travailleurs ; il n’est pas réformable. Les groupes, comme LO, la LCR, le PCF, qui offrent des recettes sur comment mieux administrer le capitalisme, le rendre plus démocratique, plus social, etc., répandent le même mensonge que Jean Jaurès il y a 100 ans. Aujourd’hui comme alors, cela ne sert qu’à lier la classe ouvrière au système capitaliste de profit basé sur l’esclavage salarié et l’oppression raciste. Nous luttons pour mobiliser la classe ouvrière, indépendamment de l’ennemi de classe, des organes de celui-ci et de ses partis, pour balayer le système capitaliste par une révolution socialiste. Elle brisera et détruira l’Etat capitaliste et établira à la place un Etat ouvrier basé sur une économie collectivisée et planifiée suivant les besoins. Dans ce but, nous luttons pour construire un parti comme le parti bolchévique, pour pouvoir diriger les travailleurs à la victoire. A bas la chasse aux sorcières raciste ! Il faut mobiliser la classe ouvrière en défense des 72 de Roissy ! Pour leur réintégration immédiate dans leur poste de travail !
Vigipirate vise les travailleurs et les minorités
L’attaque contre les 72 bagagistes n’est que la dernière en date d’une longue liste à Roissy. Depuis 2004, d’après la CFDT, 3 585 travailleurs se sont vu retirer leur badge, ce qui veut dire presque automatiquement la perte de leur emploi. Le but de ces attaques, c’est de garder ces travailleurs, qui représentent la plus importante concentration de travailleurs de toute couleur de peau dans ce pays, fermement à la merci des patrons, en leur inculquant la crainte que quiconque résiste sera le prochain licencié. Il y a un an Lebrot avait agité Vigipirate rouge « pour rétablir l’ordre public » et forcer les bagagistes en grève de chez CBS à reprendre le travail sous la menace de six mois de prison (le Nouvel Observateur, 6 octobre 2005). Il avait déclaré à l’époque que leur grève accroissait la probabilité d’une attaque terroriste.
La bourgeoisie française, et ses porte-parole de droite comme de gauche, se félicitent souvent, notamment depuis que George Bush est à la Maison Blanche, que, contrairement à leurs homologues américains, ils règnent de façon juste, sociale, et égalitaire. En fait ils mettent en œuvre leur propre « guerre contre le terrorisme » avec Vigipirate depuis 1991 à l’époque de la première guerre du Golfe. Lorsque Mitterrand avait envoyé des dizaines de milliers de troupes impérialistes françaises pour combattre les Irakiens au côté des USA et de la Grande-Bretagne, les jeunes issus de l’immigration maghrébine en particulier s’étaient largement opposés à cette guerre meurtrière. Le gouvernement avait réagi en lançant Vigipirate ; il s’agissait d’attiser un climat de peur et d’insécurité en visant les jeunes qui menaçaient les sacro-saintes « valeurs républicaines » et qui manifestaient de la sympathie pour les peuples d’Irak. Des bandes de flics et de soldats en armes patrouillaient dans les gares pour empêcher physiquement les jeunes de prendre part aux manifestations dans le centre de Paris.
Dès cette époque la LTF avait protesté contre Vigipirate, et expliqué que ce plan était une arme de l’Etat capitaliste pour viser dans un premier temps des personnes ayant des attaches musulmanes, pour pouvoir ensuite réprimer la classe ouvrière dans son entier. Lutte ouvrière au contraire maintient depuis 15 ans un silence complice sur Vigipirate. Maintenant LO se lamente que le métier de bagagiste soit « sur le point d’être interdit aux musulmans » (Lutte ouvrière, 3 novembre), mais leur refus constant de s’opposer à Vigipirate est le genre de capitulation à la campagne « antiterroriste » qui a pavé la voie à l’attaque actuelle à Roissy.
Dix ans après la première guerre du Golfe, avec le 11 septembre 2001, les dirigeants français ont eu de nouveaux prétextes pour accroître les pouvoirs de la police. Comme le souligne une déclaration intersyndicale à Roissy : « L’Etat et les directions d’entreprises se sont servis du 11 septembre 2001 pour revenir sur les droits et les libertés individuelles des salariés travaillant en zone réservée » (« Nous sommes tous concernés », 27 novembre). Un syndicaliste SUD faisait remarquer : « Depuis [le 11-Septembre], on a créé un Patriot Act sur l’aéroport » (Libération, 10 novembre) ; il faisait référence à la loi « antiterroriste » aux USA introduite à la suite de l’attaque criminelle contre le World Trade Center et de l’attaque contre le Pentagone. Didier Frassin, de la CGT, disait la même chose lors d’une récente interview où il souligne l’impact de la loi sur la sécurité quotidienne (LSQ), introduite tout juste un mois après le 11-Septembre, et qui « facilite l’attitude du préfet de Seine-Saint-Denis et mène à des aberrations » (l’Humanité Dimanche, 23-29 novembre).
Buffet Royal en 2007 : c’est les ouvriers et les jeunes des banlieues qui vont déguster !
Le nombre de travailleurs de l’aéroport concernés parle pour lui-même : ce ne sont pas là des « aberrations ». Pour les patrons et leur Etat, la règle c’est l’intimidation et la répression. Peut-être que Frassin est un peu mal à l’aise parce que cette LSQ avait été introduite par le gouvernement Jospin-Buffet-Royal de « gauche plurielle » qui, comme tous les gouvernements capitalistes dans le monde, avait cherché à tirer parti de l’hystérie antiterroriste après le 11-Septembre pour serrer la vis à l’ensemble de la population. Mais les bureaucrates syndicaux, au nom de l’« unité nationale » et de la loyauté envers leur gouvernement de front populaire, avaient laissé voter cette loi sans protester.
Le passage de la LSQ sous Jospin n’est qu’un exemple de comment un gouvernement de front populaire paralyse les luttes ouvrières. Nous nous opposons inconditionnellement et par avance à tout vote et tout soutien, au premier ou au deuxième tour, à une telle alliance qui va du PS et du PC à des bourgeois soi-disant de gauche comme les Verts, les chevènementistes, etc. Ce n’est pas le cas des organisations réformistes, qui se préparent à dire à la classe ouvrière de voter au deuxième tour pour la candidate du front populaire, Ségolène Royal, comme un « moindre mal » (pour LO, voir notre article page 7). La LCR monte en épingle son refus de participer à un gouvernement avec Royal, en opposition au PCF. Mais c’est pour dissimuler qu’ils s’apprêtent tout comme le PCF à voter Royal : cette organisation qui, ces 32 dernières années, a toujours voté pour le candidat du front populaire au deuxième tour des présidentielles (sauf en 2002 où ils ont voté Chirac), a cyniquement déclaré (voir Rouge, 16 novembre) :
« Puisqu’il faut être le plus clair possible, nous rappelons qu’il n’y a, chez nous, aucune tentation de renvoyer gauche et droite dos à dos. Virer la droite en 2007 est pour nous une mesure de salubrité publique. »
La stratégie des réformistes se limite à essayer de faire pression sur la bourgeoisie pour qu’elle fasse quelques concessions, qui peuvent être octroyées aujourd’hui mais reprises demain. Si le front populaire revient au pouvoir, il continuera, tout comme le gouvernement Jospin-Buffet avant lui, d’administrer l’Etat capitaliste raciste français et à protéger les intérêts des entreprises françaises contre leurs rivales étrangères, tout cela sur le dos des travailleurs.
A bas la « guerre contre le terrorisme » de la bourgeoisie !
Avant de donner le badge nécessaire pour travailler dans la zone réservée de Roissy, les flics épluchent maintenant cinq différentes bases de données. Si l’on y figure pour un excès de vitesse, une soirée bruyante ayant abouti à un dépôt de plainte d’un voisin, le fait de ne pas avoir payé à temps sa redevance télé ou ses impôts, même sans avoir été condamné, on ne se fait pas embaucher, ou on perd son badge lors d’un contrôle périodique. Les patrons utilisent aussi ces données pour s’immiscer dans la vie privée des travailleurs et pour imposer leur ordre moral bourgeois, comme le condamne à juste titre la déclaration intersyndicale du 27 novembre. Il y a le cas particulièrement scandaleux d’un steward homosexuel qui avait été appréhendé au Bois de Boulogne avec un prostitué, et qui a dû signifier au préfet et aux autorités aéroportuaires qu’il acceptait de voir un psychiatre et de faire un « travail sur lui-même » pour garder son emploi. Tous les travailleurs visés par les lois sécuritaires répressives de Jospin et Sarkozy doivent être réintégrés immédiatement ! A bas la croisade d’ordre moral de l’Etat !
Ce sont ceux qui administrent le système capitaliste qui perpètrent la terreur de masse et des massacres barbares, aveugles et prémédités à une échelle gigantesque. Les crimes contre l’humanité qui sont synonymes de l’impérialisme français – des massacres pendant la guerre d’Indochine à la torture en Algérie et au génocide du Rwanda – sont la marque de fabrique du capitalisme dans son agonie. Et de même les attaques des CRS contre les travailleurs en grève et les jeunes qui protestent, ainsi que les attaques contre les salaires et les conditions de travail des ouvriers, la terreur des flics et la pauvreté dans les banlieues.
Ce n’est certainement pas la première fois, ni la dernière, qu’un secteur de la classe ouvrière se fait traiter de « terroriste ». Pendant la guerre d’Algérie, sous des gouvernements de gauche comme de droite, de semblables croisades étaient monnaie courante contre la classe ouvrière multiethnique, notamment dans les grandes usines automobiles. Les travailleurs de Roissy sont visés parce que l’aéroport est stratégique pour le capitalisme français, au niveau économique et au niveau militaire, et que les patrons et leurs gouvernements comprennent très bien que ces milliers de travailleurs, avec leurs syndicats, peuvent déployer une énorme puissance sociale pour défendre leurs droits et lutter contre l’oppression.
Les capitalistes savent aussi que si les travailleurs font preuve de résistance et de solidarité de classe, cela peut devenir l’étincelle pour une lutte plus large dans le pays, notamment là où il y a encore de grandes concentrations multiethniques de travailleurs, comme dans les usines automobiles et les fabricants de pièces détachées, mais aussi dans le secteur public où des centaines de milliers d’emplois sont menacés de privatisation. A la SNCF et la Poste les patrons démantèlent les services publics en créant des unités séparées plus petites, comme Chronopost qui a une base à Roissy, afin de paver la voie à la privatisation et d’obliger les ouvriers à travailler encore plus pour un salaire plus faible. Le prochain gouvernement essaiera à nouveau d’utiliser Vigipirate, cette fois-ci contre les cheminots luttant pour défendre leurs acquis.
Le niveau de pauvreté et d’oppression raciste a considérablement augmenté, ici et dans le monde, suite à la contre-révolution capitaliste qui a eu lieu dans l’ex-Union soviétique il y a 15 ans. Cette défaite historique pour le prolétariat mondial a encouragé les impérialistes à multiplier les maraudages néocoloniaux à l’étranger et accroître l’exploitation ici. Les capitalistes d’Europe de l’Ouest, agitant le mensonge de la « mort du communisme », pensent qu’ils ont maintenant les coudées franches pour détruire les acquis de la classe ouvrière, notamment les réformes de l’« Etat-providence ». Celles-ci avaient été introduites pour essayer d’endiguer le spectre du communisme après la Deuxième Guerre mondiale, face à une classe ouvrière combative qui voulait sa vengeance du bain de sang qu’elle avait subi, et à une époque où l’autorité de l’Union soviétique avait grandi du fait qu’elle avait vaincu les nazis de Hitler. La LTF, section de la Ligue communiste internationale, a mobilisé toutes ses forces pour combattre la restauration capitaliste dans l’ex-Union soviétique, et nous continuons aujourd’hui à lutter contre les tentatives des impérialistes de restaurer le capitalisme dans les Etats ouvriers déformés restants, Cuba, le Vietnam, la Corée du Nord (voir notre article page 9) et surtout la Chine.
L’effondrement de l’Union soviétique a mené à une forte augmentation de la concurrence internationale entre les puissances impérialistes. Celles-ci, pour maintenir et accroître leur taux de profit, ce qui est indispensable dans la lutte contre leurs rivales, ont toutes sortes de méthodes, notamment d’avoir une « main-d’œuvre plus flexible » avec des plans comme le contrat nouvelle embauche ou le défunt CPE. En France notamment, le démantèlement de l’Etat-providence est considéré comme une nécessité d’airain pour l’impérialisme français, qui est bien plus faible que ses rivaux américain et même allemand.
Pour une lutte de classe contre les nouvelles attaques !
Dix sociétés seulement emploient 60 % de tous les travailleurs de l’aéroport de Roissy. Le reste travaille dans 700 entreprises sous-traitantes, où les conditions de travail sont souvent encore plus atroces. « Les jeunes des cités alentour ont été embauchés, mais il faut voir dans quelles conditions ! […] On les appelle les “dos cassés” », rapporte Didier Frassin de la CGT. Un travailleur déclare : « C’est Spartacus. Je travaille de nuit, je vois à peine ma famille. Et on nous dit que les jeunes ne veulent pas bosser ! » (l’Humanité, 27 octobre) Beaucoup de jeunes travailleurs, même quand ils sont finalement embauchés en CDI, ont souvent seulement un temps partiel ; les patrons ne veulent pas payer trop de charges sociales, et ils essaient ainsi de réduire la cohésion et la force des travailleurs. Ces derniers sont obligés de prendre un deuxième emploi pour survivre, ou de faire d’interminables heures supplémentaires. La sous-traitance a pour but de diviser la classe ouvrière, d’affaiblir les syndicats et d’empêcher des grèves unies sur l’ensemble de la plateforme. Mais les travailleurs ont leurs propres armes pour riposter : leurs intérêts de classe communs et leur solidarité dans la lutte. Ensemble, ils représentent une puissance formidable.
La confiance des bureaucrates syndicaux dans la « justice » bourgeoise ne sert qu’à démobiliser la lutte : lors d’une réunion intersyndicale appelée pour discuter des actions à prendre en défense des bagagistes, un dirigeant de la CFDT a argumenté contre une grève, et même contre une protestation immédiate, disant qu’il fallait plutôt « attend[re] de voir ce que dit la justice », plusieurs plaintes ayant été déposées contre le retrait des badges. Nous n’excluons pas de faire usage de toutes les possibilités judiciaires pour défendre ces travailleurs, mais nous n’avons pas la moindre confiance dans le système d’injustice capitaliste. Nous nous tournons au contraire vers la puissance des milliers de travailleurs unis dans la lutte. Une grève solide à Roissy en défense des bagagistes ferait rapidement réfléchir les patrons, leur préfet et leurs juges pour trouver une « solution ». On a pu avoir un avant-goût de cette puissance sociale récemment avec le CPE, où c’est la mobilisation des syndicats avec les étudiants qui a battu le gouvernement.
L’Etat n’est pas au service de la société dans son ensemble. Les exploités et les opprimés ne peuvent pas l’utiliser pour qu’il serve leurs propres intérêts. C’est une machine d’oppression de la classe ouvrière par la classe capitaliste, une machine répressive faite de soldats, de flics, de tribunaux et de prisons qui ont tous pour raison d’être de défendre la domination de classe et les profits des capitalistes contre les travailleurs. Nous disons : Flics, gardiens de prison, vigiles et agents de sécurité, hors des syndicats ! La raison d’être de l’Etat c’est d’empêcher ceux qui produisent les richesses de cette société, la classe ouvrière, d’en prendre le contrôle, et de maintenir au contraire les exploiteurs bourgeois au pouvoir. Il ne peut pas y avoir de véritable justice pour les travailleurs dans les tribunaux capitalistes. C’est ce système qui, il y a un an, a enfermé des centaines de jeunes des banlieues et qui leur a fait un casier judiciaire qui peut les consigner à un avenir de chômage. Les travailleurs doivent renverser l’Etat bourgeois et exercer leur propre domination de classe contre la résistance des capitalistes, en établissant, comme les ouvriers russes en 1917, un Etat ouvrier, la dictature du prolétariat.
Il faut rompre avec les dirigeants syndicaux traîtres !
Un exemple approprié de lutte de classe, c’est la grève d’Air France en octobre 1993 : les travailleurs ont occupé les pistes et fait grève contre le plan Attali de licenciement de 4 000 travailleurs. Le gouvernement Mitterrand-Balladur a rapidement cédé aux revendications des travailleurs de jeter ce plan à la poubelle. Il n’a pas seulement reculé parce qu’Air France perdait l’équivalent de 10 millions d’euros par jour et parce que les transporteurs étrangers menaçaient de poursuivre en justice Aéroports de Paris ; il a cédé surtout parce qu’il craignait que la grève ne s’étende à d’autres travailleurs du secteur public qui étaient aussi l’objet de suppressions d’emplois. C’est Jospin et son ministre PCF des Transports Gayssot, avec l’aide des bureaucrates syndicaux, qui a partiellement privatisé Air France cinq ans plus tard, en 1999, ouvrant la voie à la privatisation complète en 2004.
Un autre exemple de puissante mobilisation de la classe ouvrière multiethnique en lutte pour défendre ses emplois, c’était sur l’aéroport de Heathrow à Londres en 2005. Le personnel de British Airways (BA) a fait grève en défense de 6 700 travailleurs, essentiellement des femmes originaires du sous-continent indien, licenciés par Gate Gourmet, une société de catering (préparation des repas). La grève a paralysé BA et a pratiquement stoppé toute l’activité de l’un des plus grands aéroports du monde. Elle a coûté plus de 70 millions d’euros à BA, stoppé pratiquement toute sa flotte dans le monde, et semé la pagaille dans les activités de BA pendant près d’une semaine. Comme l’écrivaient nos camarades britanniques : « Ce qu’il y a d’autant plus impressionnant avec cette grève, c’est qu’elle a été entreprise en dépit des lois antisyndicales qui interdisent les grèves de solidarité avec des travailleurs d’autres entreprises, et qu’elle a été lancée en pleine hystérie “antiterroriste” du gouvernement, attisée suite aux bombardements terroristes criminels du 7 juillet » à Londres (Workers Vanguard, 2 septembre 2005). Les travailleurs de l’aéroport ont fait cette action sachant que leurs propres emplois pouvaient être les suivants, mais ils reconnaissaient que leurs intérêts et ceux de ces travailleurs du catering, surtout des femmes asiatiques, étaient les mêmes.
L’aéroport étant pratiquement arrêté et BA perdant des millions de livres, la direction syndicale a répudié les grèves en les déclarant « illégales », et les travailleurs ont repris le travail. Une fois que BA et l’aéroport avaient repris, la direction syndicale a accepté de négocier dans une position de faiblesse. Finalement certains travailleurs licenciés ont été repris, et quelques autres ont reçu des indemnités de licenciement plus élevées, mais beaucoup de travailleurs combatifs sont restés sur le carreau du fait du rôle de la bureaucratie syndicale. La grève de Heathrow, tout comme la grève d’Air France de 1993, montre que pour vaincre les attaques des capitalistes, il faut aussi une bataille contre la politique procapitaliste de la bureaucratie syndicale. Ces dirigeants traîtres cherchent en permanence à enrayer les luttes ouvrières et cherchent des « accords de partenariat », parce qu’au fond ils partagent les mêmes intérêts et les mêmes préoccupations que leur propre bourgeoisie : ils veulent que leurs « propres » capitalistes soient plus « compétitifs » que leurs rivaux étrangers.
De même que nous nous opposons à la collaboration de classes au gouvernement, nous luttons aussi contre les plans de « partenariat social » et de « dialogue social » prônés par les bureaucrates syndicaux, qui répandent le mensonge que les travailleurs et les capitalistes ont des intérêts en commun et qu’ils doivent essayer ensemble de relever les profits des patrons. Nous sommes pour une direction révolutionnaire des syndicats qui n’accepte pas les règles du jeu des patrons, ni n’avale leur hystérie raciste « antiterroriste », une direction se battant pour syndiquer les non-syndiqués, pour l’embauche en CDI de tous les précaires et pour le partage du travail entre toutes les mains sans perte de salaire. Une direction qui défende les travailleurs à la peau foncée contre la discrimination et qui exige les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés, y compris en luttant contre les déportations de sans-papiers qui se chiffrent à 26 000 cette année, notamment via l’aéroport de Roissy. Dans le cadre de cette lutte nous disons : une industrie, un syndicat. La division des syndicats selon l’affiliation politique ou suivant la profession est un cadeau aux patrons qui affaiblit la force de la classe ouvrière.
A Roissy, les bureaucrates utilisent le fait qu’il y a des syndicats séparés comme couverture pour le fait qu’ils n’ont pas appelé à la grève en défense des 72 de Roissy. Ils se rejettent mutuellement la faute pour l’absence de toute décision d’action lutte de classe. Il y a eu en fait une grève le 23 octobre, appelée par la CFTC, sur la question de l’intimidation et des retraits abusifs de badges (bien que les dirigeants chauvins de la CFTC aient refusé de protester directement contre la persécution raciste des bagagistes musulmans sanctionnés). Une centaine de travailleurs d’Air France ont fait grève ce jour-là, et beaucoup ont essayé de manifester sur le tarmac, dont ils ont été refoulés par les CRS, sous la menace de se faire retirer leur propre badge s’ils essayaient de bloquer le trafic. Leur protestation aurait pu être le point de départ pour la mobilisation si nécessaire en défense de tous les travailleurs de l’aéroport persécutés, mais elle est restée isolée par les autres syndicats, notamment la CGT.
En fait cela a pris trois mois, après l’envoi des premières notifications aux bagagistes annonçant le retrait imminent de leur badge, pour que la première réunion intersyndicale se tienne sur l’aéroport le 7 novembre. Cette réunion a rassemblé les six principaux syndicats opérant à Roissy (CFDT, CFTC, CGT, FO, SUD et UNSA), et elle a décidé d’avoir une autre réunion et de produire un tract, et d’envoyer une délégation syndicale rendre visite au ministre bourgeois Azouz Begag et au préfet de Seine-Saint-Denis. Après la réunion, Sylvain Chazal, dirigeant de l’UNSA, a déclaré : « L’idée n’est pas de lancer une grève qui ne sera pas suivie. Le sujet est très délicat et nous savons qu’il y a à Roissy des vrais problèmes de sécurité. » Et la CGT a couvert son propre refus d’appeler à l’action promise, en se plaignant : « Si la CGT, plus gros syndicat de la plate-forme, est partante “pour une puissante journée d’action”, la CFDT prône “des formes d’actions différentes” » (déclaration de l’union locale CGT de Roissy-Charles-de-Gaulle, 8 novembre). Certains bureaucrates ont même argumenté à la réunion qu’il serait discriminatoire de protester contre l’injustice faite aux 72 de Roissy étant donné que chaque année des centaines de travailleurs se voient retirer leur badge ! La déclaration syndicale commune du 27 novembre, intitulée « Nous sommes tous concernés », capitule face à ce chauvinisme en ne mentionnant jamais le cas des bagagistes. Bien sûr, tous les travailleurs de Roissy sont visés dans cette affaire, mais de faire disparaître cette offensive particulière, avec son caractère raciste patent, ne peut en réalité servir qu’à diviser davantage les travailleurs.
Finalement les syndicats ont appelé à une manifestation le 14 décembre à la station RER de Roissy 1 contre la discrimination et les abus sécuritaires. Mais aucun appel à la grève ne couvrait les travailleurs qui voulaient prendre part à l’action, et seulement 250 personnes y ont pris part. Pourtant, les travailleurs peuvent être mobilisés contre la discrimination raciste : il y a eu cet automne une grève combative dans la blanchisserie industrielle Modeluxe en région parisienne, pour obtenir la régularisation des collègues sans-papiers.
L’obstacle n’est pas le manque de combativité : c’est une question politique, à laquelle les bureaucrates syndicaux ne peuvent pas toucher sérieusement. La lutte pour les sans-papiers est acceptable pour les républicains bourgeois « de gauche » que courtisent les réformistes, car elle est compatible avec les déclarations sur la France « pays des droits de l’homme » et « terre d’asile ». Mais lutter contre l’oppression des travailleurs et des jeunes de banlieue, dont la plupart ont des papiers français, exige de confronter l’oppression raciale, enracinée dans le capitalisme français, contre toute une couche du prolétariat dont les parents ou les grands-parents sont venus du Maghreb et d’Afrique noire.
Les jeunes des banlieues croient à juste titre qu’ils doivent avoir les mêmes droits que les autres Français, et ils résistent aux tentatives de les faire travailler pour les salaires et conditions de travail qui sont le lot des travailleurs sans-papiers. Ces jeunes subissent de façon disproportionnée le chômage, la précarité et la discrimination à tous les niveaux. En d’autres termes, ce n’est pas seulement une question de droits démocratiques. Cela pose la nécessité d’un programme de transition : syndiquer les non-syndiqués, lutter pour des emplois décents pour tous en répartissant les emplois entre toutes les mains sans perte de salaire. Cela pose la nécessité de lutter pour renverser par la révolution socialiste le système capitaliste pourrissant. Les travailleurs ont besoin pour cela d’un parti ouvrier multiethnique d’avant-garde, un parti comme le parti bolchévique de Lénine. C’est pour cela que nous luttons.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/178/roissy.html
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